REAU (Louis). Vieilles Abbayes d’Ile-de-France .

 

En Ile-de-France, la plupart des abbayes bénédictines étaient rattachées aux maisons mères bourguignonnes de Cluny et de Citeaux. Si beaucoup d’entre elles ne sont parvenus jusqu’à nous qu’à l’état de ruines, c’est qu’à la différence des monastères urbains appartenant aux ordres franciscains et dominicains voués à la prédication, elles étaient isolées en pleine campagne dans des recoins peu accessibles, en dehors de toute ville et même de tout village : ce qui rendait la défense impossible en cas de guerre ou de troubles. L’ouvrage de Louis Réau évoque l’histoire et l’architecture d’un certain nombre d’entre elles : Saint-Germain-des-Prés, Royaumont, Maubuisson, Dammarie-les-Lys, Les Vaux-de-Cernay, Port-Royal des Champs, Longpont-en-Hurepoix, Longpont-en-Soissonnais, Chaalis, Notre-Dame-du-Val, Basilique de Saint-Denis.

Nous ne nous attarderons pas sur les deux plus célèbres : Saint-Germain-des-Prés et Saint Denis qui ont déjà fait l’objet de pages de blog mais nous rappellerons le souvenir d’autres bâtiments prestigieux qui ont subi les avatars du temps, en présentant rapidement leurs histoires.

Royaumont. Bien que sa magnifique église gothique célébrée à la veille de la Révolution comme une des plus belles églises de France ait été victime du vandalisme révolutionnaire, l’abbaye cistercienne de Royaumont, fondée en 1228 par le roi Saint Louis qui s’y plaisait plus qu’en aucun lieu au  monde et y faisait de fréquentes retraites, demeure encore aujourd’hui un des sanctuaires les plus évocateurs et les plus émouvants de la France médiévale. Une première colonie de moines venus de la maison-mère de Citeaux essaima à Royaumont dès 1229. La consécration de l’église fut célébrée le 19 octobre 1235. Après la mort de son fondateur, l’abbaye connus des jours difficiles. Au XIVe siècle, elle fut pillée et rançonnée à deux reprises en 1353, par le roi de Navarre, Charles le Mauvais ; en 1358, par le prince Noir. A partir de 1516, s’ouvre avec le régime des abbés commendataires, une seconde période qui se prolongea jusqu’à la Révolution. Mazarin se fit nommer en 1645, abbé de Royaumont. Un nouveau palais abbatial est construit de 1785 à 1789. En 1789, il ne restait plus à Royaumont que dix religieux. L’Abbaye fut confisquée comme bien national et vendu, l’église abbatiale fut abattue et une filature de coton s’installa dans les bâtiments conventuels à laquelle succéda une blanchisserie de calicot. A partir de 1864, l’abbaye, avec les Pères oblats retrouve pour un temps sa vocation monastique avant de passer en mains privées en 1905. Les bâtiments de l’abbaye furent utilisés pendant la guerre de 1914 comme hôpital militaire anglais. Aujourd’hui l’endroit est devenu un centre culturel.

Maubuisson. Les travaux de construction s’étalent de 1236 à 1242. En mars 1242, les premiers moines cisterciens en provenance de l’abbaye de Saint-Antoine de Paris s’installent. L’Abbaye est consacrée en 1244. En 1543, l’abbaye est mise en commende. En 1618, la mère Angélique Arnauld se voit confier la mission de réformer l’abbaye. En 1793, le mobilier de l’abbaye est vendu et dispersé. L’église fut démolie en 1798. L’abbaye partiellement démolie fut utilisée comme filature de coton.

L’abbaye cistercienne de Dammarie-les-Lys, près de Melun, est, comme Maubuisson, une fondation de Blanche de Castille, mère de Saint Louis, qui avait une particulière dilection pour l’ordre des Clunisiens Réformés. La fondation fut décidée en 1244 ; La construction de l’église et des bâtiments conventuels, commencée dès 1245, était achevée en 1248. L’abbaye a été saccagée à deux reprises pendant la guerre de Cent ans : en 1359 par le roi de Navarre, Charles le Mauvais, puis en 1429, sous le règne de Charles VI, quand les Anglais et leurs alliés bourguignons mirent le siège devant Melun. Au XVIIe siècle, la prospérité fut rétablie sous l’abbatiat de Claire-Cécile Colbert, sœur du ministre de Louis XIV, qui administra le monastère pendant vingt ans, de 1678 à 1698. Mais la décadence s’accentua au XVIIIe siècle. En 1789, on ne comptait plus que seize religieuses de chœur et douze sœurs converses. En 1792, l’abbaye devenue bien national, fut mise en vente. La démolition commença aussitôt

L’abbaye des Vaux-de-Cernay fondé en 1128 n’appartenait pas à l’origine à l’ordre bourguignon de Citeaux auquel il ne fut rattaché qu’après coup en 1147. A partir du XVIIe siècle, Le régime de la prébende laisse les moines dans un grand abandon. A la Révolution, les biens de l’abbaye sont vendus aux enchères en 1791. L’église et les bâtiments conventuels sont exploités comme une carrière, le clocher est démoli. Les destructions se poursuivent jusque sous la Restauration. En 1875, la baronne Nathaniel de Rothschild sauve l’abbaye de la destruction total

L’abbaye cistercienne puis janséniste de Port-Royal des Champs tient assurément une place plus grande dans l’histoire religieuse et littéraire de la France que dans l’histoire de l’art. Elle n’a pas été victime du vandalisme révolutionnaire mais de l’absolutisme royal de Louis XIV qui ordonna la destruction de fond en comble du monastère en 1710.

Il existe dans la région parisienne, deux abbayes de Longpont, l’une est située au sud, l’autre au nord de Paris.

Notre-Dame de Longpont-sur-Orge était essentiellement  une église de pèlerinage. Ravagé par les guerres de religion, elle connut au XVIIIe siècle une profonde transformation. Les moines rasèrent le couvent de style roman pour le remplacer par un bâtiment classique. L’église fut vandalisée à la Révolution. En 1822, pour éviter quelques frais de réparations, on abattit le chœur, le transept et la flèche.

L’abbaye cistercienne de Longpont-en Soissonnais fut consacrée en 1227. La guerre de Cent ans commit des ravages que devaient par la suite dépasser les excès huguenots. Dès 1791, l’Abbaye avait été dépouillées de son mobilier. En 1793, elle est adjugée comme bien national. La démolition du chœur commença et les habitants du voisinage exploitèrent les ruines comme une carrière. Les ruines subsistent au milieu d’un parc.

Sur l’emplacement de la primitive église romane de Chaalis, fut bâtie vers 1200 une église gothique consacrée en 1219. Malgré les misères de la guerre de Cent ans, il semble que l’abbaye ait été prospère  la fin du XIVe siècle. La Convention mis en vente l’abbaye en 1793. La démolition de l’église fut entreprise en 1794, elle devait se poursuivre jusqu’en 1803. A défaut de l’église, la chapelle de l’abbé qui était reliée à l’ancien palais abbatial et voisine avec le mur du cimetière, a été conservée. Au XIXe siècle, Gérard de Nerval s’éprit de Chaalis qui lui fournit le cadre de plusieurs épisodes de Sylvie.

Située près de Pontoise, l’abbaye Notre-Dame du Val était avec les Vaux-de-Cernay, la seule abbaye d’hommes de l’ordre de Citeaux dans le diocèse de Paris. Elle est fondée en 1136.  Elle était rattachée à l’abbaye de la Cour-Dieu dans le diocèse d’Orléans. Après la période faste du moyen-âge l’abbaye resta en commende et aussi en sommeil jusqu’à la Révolution. Comme les autres bâtiments ecclésiastiques, l’abbaye fut vendue aux enchères. Un député aux Etats Généraux s’en porta acquéreur. Mais en 1845 un entrepreneur de maçonnerie acheta tous les bâtiments encore debout de l’abbaye. Il rasa l’église, démolit trois des galeries du cloître, le logis abbatial du XVe siècle et le grand comble du dortoir.

Terminons cette page par une rapide présentation de l’auteur de l’ouvrage. Louis Réau (1881-1961), Historien d’art, Professeur d’histoire de l’art du Moyen âge à la Sorbonne, il faut aussi Directeur des Instituts français de Saint Petersbourg puis de Vienne. Il a été Membre de l’Institut, académie des Beaux-Arts.

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REAU (Louis). Vieilles Abbayes d’Ile-de-France. Paris, Société Saint Eloy, 1955. Un volume in-4 (cm x cm), 185 pp.

66 gravures dont huit hors-texte et 58 in-texte de : Robert Jeannisson (frontispice), Maurice Achener, Pierre-Paul Lemagny, Henry Cheffer, Fernand Hertenberger, André Vahl, Aymar de Lézardière, Paul Baudier, P.-A.Bouroux, Charles Hallo, René Cottet, Albert Decaris, Camille Josso, Adolphe-Marie Beaufrère, Fernand Hertenberger.

Joint, un menu d’un diner de la Société Saint Eloy

Un des cent trente-cinq exemplaires numérotés sur Arches. Exemplaire numéroté et nominatif.

En feuilles sous couverture, emboîtage et étui.

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