LE PRINCE (Nicholas-Thomas). Essai historique sur la bibliothèque du Roi. QUENTIN-BAUCHARD (Ernest). Bibliothèque de Marie-Antoinette aux Tuileries.

©Photo. R.M.N. / R.-G. OjŽda

Saint-Louis est le premier roi de France à constituer une bibliothèque mais ce n’est qu’au XVe siècle que la Bibliothèque du roi est transmise à ses successeurs. Les célèbres collections de Charles V ont été envoyées en Angleterre et dispersées en 1435. C’est Louis XI qui le premier transmet à son fils Charles VIII sa bibliothèque en 1483. François Ier est le véritable fondateur de la bibliothèque royale. Il achète des manuscrits et des livres en France, en Italie et même au Proche Orient. Suivant l’édit de 1537, le roi impose le dépôt de tous les livres imprimés dans le royaume à sa Bibliothèque. La Bibliothèque initialement installée à Blois est déplacée à Fontainebleau en 1544. Au moment de son transfert à Paris vers 1560, La Bibliothèque compte Plus de 3650 ouvrages imprimés et manuscrits. En 1593, Henri IV nomme maître de sa bibliothèque le Président de Thou (Premier président du Parlement de Paris) qui est aussi un grand bibliophile. Au cours des années 1610-1660, la Bibliothèque du roi est administré par des savants, les de Thou père et fils puis Jérôme Bignon. Les administrateurs sont assistés par des gardes de la bibliothèque qui sont aussi des savants. Le dépôt légal est réactivé en 1642. La Bibliothèque reste toutefois modeste. 16750 volumes en 1656. D’autres bibliothèques parisiennes sont plus importantes comme celles du chancelier Seguier. La bibliothèque de Mazarin compte plus de 40.000 volumes lors de sa vente en 1651.

colbertColbert donne une nouvelle impulsion à cette institution en obtenant pour son frère Nicolas la charge de garde de la Bibliothèque.  En 1666, il établit la bibliothèque rue Vivienne, à côté de son hôtel.  Le dépôt légal fonctionne moyennement mais les acquisitions sont nombreuses avec les ambassadeurs à l’étranger ou les savants mandatés à cet effet. Après la mort de Colbert en 1683, Louvois reçoit la surintendance des bâtiment dont dépend la bibliothèque et fait nommer son fils l’abbé de Louvois à la charge de bibliothécaire qui cumulait les attributions de maître de la Librairie, de garde de la Bibliothèque et d’intendant du cabinet des médailles. A la mort de Louvois en 1691, la Bibliothèque, le Cabinet des médailles, les Académies, la Monnaie des médailles et l’Imprimerie royale relèvent dorénavant directement du roi.   La Bibliothèque est ouverte aux savants à partir de 1692, deux jours par semaine. En 1719,  l’abbé Jean Paul Bignon est nommé à la tête de la Bibliothèque. Il entreprend un inventaire général des collections, créé cinq départements (Imprimés, Manuscrits, Titres et généalogies, Estampes, Médailles), et constitue un corps de conservateurs les  » gardes » recrutés dans les Académies et dans le Collège royal. La Bibliothèque royale est désormais en contact avec tous les savants de l’époque et acquiert un important rayonnement.  Après l’abbé, trois Bignon devinrent bibliothécaire et ce jusqu’en 1784.

le prince 11Venons en à notre ouvrage et à son auteur Nicholas Thomas le Prince, inspecteur chargé de veiller au recouvrement des livres dus au titre du dépôt légal. En 1782, il fait paraître son Essai historique sur la Bibliothèque du roi. L’ouvrage se présentait comme un éloge de l’action de la famille Bignon au sein de cette Institution. L’auteur y accumule épithètes enthousiastes et anecdotes édifiantes mais en dépit de ses flatteries à l’égard des Bignon le prince 10passés et présents, il laisse apparaître que la place de bibliothécaire avait perdu de son relief. Il tend à diminuer l’importance relative du bibliothécaire face aux gardes. L’auteur, en traitant de l’époque contemporaine, ne se montre guère avare de compliments pour Jérôme-Frédéric, mais ces éloges faisaient peu d’impression face au riche bilan de l’activité des gardes. Le Prince avait bénéficié de la collaboration des autorités de la Bibliothèque. Cependant le bibliothécaire désavoue son travail et en demande sans succès la saisie : signe que derrière les éloges de façade pointait la critique.

Nicholas-Thomas Le Prince aborde successivement l’histoire de la Bibliothèque, décrit ses bâtiments et ses aménagements, les différents fonds. Il confie à des gardes, la rédaction de descriptions particulières : pour le Cabinet des estampes et des planches gravées, son origine et ses accroissemens à M.Joly, pour le Cabinet des Titres et généalogies à l’abbé de Gevigney, de l’Académie des sciences et belles-lettres de Besançon,  pour le Cabinet des médailles et antiques à l’abbé Barthelemy de l’Académie des belles-lettres.

le prince 13Il termine son ouvrage par une présentation des bibliothèques publiques et particulières de Paris avec leurs conditions d’accès au public. L’énumération de ces lieux donne une idée de la richesse des différents fonds à la fin du XVIIIe siècle (Bibliothèque de l’Abbaye St.Victor, Bibliothèque Mazarine, Bibliothèque des avocats, Bibliothèque des Prêtres de la Doctrine, dans le haut de la rue des Fossés-Saint-Victor, Bibliothèque de la Ville, rue St.Antoine, Maison de Saint Louis, Bibliothèque de l’Université, au Collège de Louis-le-Grand, Bibliothèque de St.Germain-des-Prés, Bibliothèque de l’Abbaye St.Geneviève, Bibliothèque de Sorbonne, Bibliothèque du Collège de Navarre, Bibliothèque des Augustins de la Place des Victoires, Bibliothèque de Soubise, Bibliothèque des Prêtres de l’Oratoire, rue St.Honoré, Bibliothèque des Feuillants, Bibliothèque des Jacobins Réformés de la rue St.Honoré, Bibliothèque des Jacobins du Noviciat général, rue St.Dominique, Bibliothèque de l’Académie d’Architecture, au Louvre, Bibliothèque du Monastère & Prieuré Royal de Saint-Martin-des-Champs, Bibliothèque des Petits Augustins, autrement dits de la Reine Marguerite, Bibliothèque des religieux Picpus, Fauxbourg Saint-Antoine, Bibliothèque des Recolets, Fauxbourg Saint-Martin, Bibliothèque des Minimes de la Place-Royale, Bibliothèque des Carmes de la Place-Maubert, Bibliothèque de la Maison de l’Institution de l’Oratoire, passé la barrière au-delà des Chartreux, Bibliothèque des Cordeliers, Bibliothèque des Chartreux, bibliothèque des capucins de la rue St.Jacques, Bibliothèque de la Paroisse Sainte-Marguerite, Fauxbourg St.Antoine).

La plupart de ces bibliothèques disparurent dans la tourmente révolutionnaire mais leurs livres furent déposés à la Bibliothèque Nationale.

Jérôme-François Bignon meurt en 1784 à trente sept ans sans avoir assuré la survivance de sa charge à son fils. Le lieutenant général de police de Paris depuis 1774, Jean-Charles-Pierre Le Noir prend sa suite. Il tente de réformer l’institution en vain trouvant de fortes résistances internes. Le président d’Ormesson prendra à son tour  en 1789 la suite de Le Noir jusqu’en août 1792. Le 20 août 1792 Chamfort et Carra (Carra dont nous avons présenté son histoire de la Bastille dans une page précédente du blog : http://blog.paris-libris.com/carra-jean-louis-memoires-sur-la-bastille-beffroy-de-reigny-louis-abel-precis-exact-de-la-prise-de-la-bastille-caraccioli-louis-antoine-la-capitale-delivree-par-elle-meme/) sont nommés bibliothécaires nationaux et à leur tour écartés. La période révolutionnaire était changeante…La loi du 25 vendémiaire an IV (17 octobre 1795) constitue un Conservatoire formé par les gardes des autres département, désormais appelés conservateurs. La bibliothèque changeait de nature, elle devenait une institution, elle devait jouer un rôle dans le progrès et la diffusion des Lumières.

Pour disposer d’une étude complète sur la bibliothèque du roi consultez : La charge de bibliothécaire du roi aux XVIIe et XVIIIe siècle  in Bibliothèque de l’école des chartes, année 1994, volume 152 n°2.

Après la bibliothèque du roi, une bibliothèque de reine. Marie-Antoinette possédait au château de Versailles, une bibliothèque qui fut versée à la bibliothèque de cette ville vers 1800. Elle possédait aussi une collection plus importante au château de Trianon, ces livres furent transportés vers 1793 à la Bibliothèque Nationale. Une troisième bibliothèque de la reine existait aux Tuileries. Elle comptait près de 5000 volumes. Cette collection fut aussi versée à la Bibliothèque Nationale.

quenstion bauchard 2La bibliothèque rassemblée aux Tuileries par la reine n’était pas la bibliothèque plus frivole de Trianon. Millin in Magasin encyclopédique, année 1792, annonce le séquestre des livres en ces termes :  » Les différentes collections de livres qui existoient au Château des Thuileries viennent d’être transportées à la Bibliothèque nationale. La plus considérable étoit celle de la reine : elle consistoit principalement en un grand nombre d’ouvrages de littérature françoise, angloise et italienne. Les livres étoient reliés en maroquin, avec l’écusson de France et le sien propre, à l’exception des ouvrages anglois qui ont une reliure angloise. On y remarque une belle collection sur toile des cartes de la France, rangées par provinces; beaucoup de beaux exemplaires d’ouvrages sur différentes parties des sciences, qui lui avoient été offerts par leurs auteurs, ou qui lui venoient des souscriptions faites par la Cour; une collection considérable de pièces de théâtre; une suite très curieuse de partitions d’opéras des grands maîtres italiens et principalement la collection complète des ouvrages de Gluck. Les ouvrages de Lavater et d’autres écrits singuliers se trouvent dans cette bibliothèque qui annonce esprit curieux et cultivé. Ce qui nous a étonnés, ça été de n’y voir que très peu de livres écrits en allemand, langue du pays de Marie-Antoinette « .

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le prince 1LE PRINCE (Nicholas-Thomas). Essai historique sur la bibliothèque du Roi et sur chacun des depots qui la composent avec la description des batimens & des objets les plus curieux a voir dans ces differens depots. Paris, Belin, 1782. Un volume in-16 (14,5 cm x 8,5 cm),  xxj-(3)-372 pp.

Basane de l’époque. Pièce de titre. Dos décoré. Tranches marbrées. Petits manques aux coins.

Le livre est annoté au crayon sur quelques pages. Un bibliothécaire contemporain y a ajouté des commentaires manuscrits apportant quelques précieuses indications.

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quentin bauchard 1QUENTIN-BAUCHARD (Ernest). Bibliothèque de Marie-Antoinette aux Tuileries. Catalogue authentique publié d’après le manuscrit de la Bibliothèque Nationale. Paris, Damascène Morgand, 1884. Un volume in-16 (15 cm x 10 cm),XXI-IX-181-(2) pp.

Un des 300 exemplaires numérotés sur Hollande.

Broché.

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