MAUROIS (André). Illustrations Maurice UTRILLO. Paris Capitale.

 

Avec Paris Capitale nous avons une association très réussie d’un auteur André Maurois, d’un peintre Utrillo et d’un relieur Alix, donnant une très belle réalisation bibliophilique.

L’ouvrage de commande, préparé par la galerie Pétridès (le marchand d’Utrillo), fut réalisé avec soin. Le texte fut composé à la main en caractères vendôme des fonderies olive, corps vingt romain et italique. Les culs de lampe dessinés par Lucie Valore, la femme d’Utrillo, furent gravés sur bois par Blaise Monod et rayés après tirage. Les lithographies ont été exécutées dans les ateliers Mourlot.

L’ouvrage paraît l’année de la disparition d’Utrillo comme une ultime contribution de son vivant, à l’univers bibliophilique.

André Maurois (1885-1967), romancier, biographe et essayiste nous propose dix saynètes autour de lieux emblématiques de la capitale. Cet auteur aujourd’hui un peu oublié, fut l’élève d’Alain au lycée de Rouen. Le philosophe lui conseille de mettre entre parenthèse son goût pour les lettres et de se confronter au monde ce qu’il fera en rejoignant l’entreprise familiale qui oeuvrait dans le textile. Après la Première guerre mondiale où il sert comme officier interprète auprès de l’armée britannique, il se lance dans la littérature. Auteur de biographies réputées de Shelley, Byron, Victor Hugo, George Sand, Balzac, Disraelli, Lyautey…il publie aussi des romans Climats, Les Roses de septembre. Il est élu à l’Académie française en 1938.

Maurice Utrillo (1883-1955). Fils de Suzanne Valadon, il n’échappe pas à son hérédité, commence très jeune à peindre et rencontre le succès. Il peint de nombreux paysages urbains, essentiellement des vues du quartier de Montmartre qui assureront sa célébrité. Rapidement, il dilapide son succès dans la boisson comme si son hérédité, il était enfant naturel comme sa mère aussi, était lourde à porter.

Les dix lithographies d’Utrillo renvoient aux scènes décrites par André Maurois faisant revivre un Paris intemporel.

Le Moulin de la Galette.

Au Lapin-Agile.  » A Montmartre, une maison basse aux volets verts. Devant la maison, une terrasse et deux arbres dont l’un, noueux comme un vieil olivier, est mort, mais décoratif. C’est le fameux cabaret du Lapin-Agile (ou à Gill), qui accueillit jadis, aux jours de leur bohémienne jeunesse, tant de peintres et de poètes illustres de ce temps »

La Place Saint-Pierre.

Place Saint-Pierre.  » La place Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre et des escaliers qui mènent au Sacé-Coeur. En haut la blanche église byzantine, colossale, donne au paysage urbain un air de capitale; en bas la place, entourée de marchands de souvenirs, d’étalages de tissus soldés, de bars-tabacs, ressemble à un coin de province »

Les Champs-Elysées.

Sous l’Arc de triomphe. « Le jour est froid et un vent glacé s’engouffre sous l’Arc. L’Avenue de la grande-Armée, à deux cents mètres, disparaît dans la brume. Pourtant, devant le tombeau du Soldat Inconnu, de nombreux visiteurs s’arrêtent. Deux vieux, aux manteaux élimés, se découvrent devant la flamme. Une mère conduit son enfant par la main »

La Tour Eiffel.

La Tour Eiffel.  » L’Ingénieur et le Peintre traversent le Champ de mars. C’est un jour d’hiver; le ciel est clair; un fin croissant de lune y brille faiblement; la dentelle métallique de la Tour Eiffel se découpe avec netteté sur le fond gris bleu »

La Madeleine.

Rue Royale. « Devant la Madeleine, un beau jour de mars. Soleil encore timide mais joyeux. Un vieil homme vêtu de noir traverse la place, allant vers la rue Royale et regarde avec bonheur cette esquisse d’un printemps parisien. C’est un ancien président du Conseil, aujourd’hui simple député. Un jeune membre de l’Assemblée Nationale, court après lui et le rejoint »

Rue de Rivoli – Pavillon de Marsan.

Au musée du Louvre.  » Salle des maîtres français du dix-neuvième siècle, au deuxième étage. Des groupes de touristes étrangers passent, au pas accéléré, derrière leurs guides. On entend – Hier sind die französischen Meister des neunzehntes Jahrhundert…- here are the French masters of the nineteenth century…- Qui novo i francesi maestri…Un Français s’est arrêté, avec un ami anglais, devant la cathédrale de Chartres, par Corot »

La Tour Saint-Jacques.

A la Comédie française.  » Un dimanche en matinée. On joue Horace. Derrière moi sont assises deux femmes, que je ne vois pas mais que j’entends. Au bout d’un instant, je comprends que l’une d’elles vend des chaussures du côté de la Bastille et qu’elle a invité une de ses clientes « 

La Cité.

A Notre-Dame. Notre-Dame de Paris, le 28 février 1955, jour de l’enterrement de Paul Claudel. Travée gauche du transept. Dans l’église glacée, les académiciens en uniforme grelottent, mais ce qu’ils voient est si beau que le froid en est oublié. En face d’eux une rosace à la fois pure et complexe, laisse passer une lumière surnaturelle, faite de tons rares dont les douceurs unies entonnent un hymne fort. Au centre d’une hampe immense descend un vaste drapeau; le bleu et le blanc s’enroulent en voutes souples, le rouge vient draper le catafalque. Dans le choeur, c’est un chatoiement de pourpre, de violet, de noir et d’or. On pense involontairement au Sacre de David « 

L’église de Saint-Germain-des-prés.

Saint-Germain-des-prés.  » Café de Flore; Au mur, des affiches : l’une d’elles, pour La passion illustrée par Bernard Buffet, représente l’agneau de Dieu, une croix longue et oblique. Quelques couples parlent à voix basse en se tenant par la main. Un Allemand feuillette un guide et, de temps à autre, sort une loupe de sa poche pour regarder une carte. Un homme à crinière de lion desssine. Un jeune homme à tricot noir, col roulé, montre un cadeau de Noël qu’il a reçu à une jeune fille, tricot noir, col roulé, qui lui ressemble comme un soeur. A une table, un poète et un cinéaste célèbres bavardent. Ils ont été reconnus, regardés avec admiration, et ils le savent »

Le Pont-Neuf.

Pont-Neuf.  » Le Bibliophile, en traversant le pont, jette un coup d’oeil charmé aux deux adorables maisons Louis XIII, briques roses et cordons de pierres de taille, qui encadrent l’étroite entrée de la place Dauphine. A la pointe de l’île, des pêcheurs, patients et bredouilles depuis des siècles, regardent leurs bouchons qu’entraîne le courant. Sous les saules, des bancs de pierre semi-circulaires accueillent les désespérés, les amoureux et les poètes. Le Bibliophile suit le Pont-Neuf jusqu’à la rive et s’arrête devant la boîte de son ami le Bouquiniste.

Terminons cette page par l’évocation de l’atelier de reliure Alix dont est sorti notre ouvrage. En 1947, au 52, rue André des Arts à Paris, Henri Alix créait son atelier. En 1959, Henri Alix disparait. Son épouse Hélène reprend l’activité et en assure la renommée. En 1970, leur fils Jean-Bernard exerce à son tour le métier de relieur. Le duo mère-fils réalise de magnifiques reliures jusqu’à la disparition d’Hélène Alix en 2006. En 2015, Jean-Bernard Alix cède son activité à Patrick Loutrel qui poursuit aujourd’hui au même endroit, les activités de l’atelier dans la grande tradition de la reliure classique. Pour cette reprise, il s’associe avec son élève Mathilde Delaporte. L’atelier Alix devient alors l’atelier Loutrel-Delaporte.

_________________________

MAUROIS (André). Paris capitale. Paris, Joseph Foret, 1955. Un volume in-folio (41,5 cm x 32,5 cm), 87 pp.

Dix lithographies en couleurs par Maurice Utrillo et culs de lampe par Lucie Valore.

Un des cent vingt deux exemplaires numérotés sur papier vélin Johannot signés par l’éditeur.

Maroquin vert, dos lisse, titre doré, doublure de maroquin rose, tranches dorées, couvertures conservées, sous chemise demi-maroquin vert à bandes, doublée (dos très légèrement insolé), étui (légères usures en queue). Reliure signée H.Alix.

Magnifique livre illustré par Utrillo dans une parfaite et sobre reliure signée H.Alix.

Si vous êtes intéressé par cet ouvrage, écrivez nous, c’est ici .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*