Librairie parisienne. La Maison des amis des livres chez Adrienne Monnier.

 

Amoureux des livres, si vos pas vous portent un jour vers la rue de l’Odéon à Paris, vous aurez une pensée émue devant le n°7 pour Adrienne Monnier qui pendant près de quarante ans, anima La Maison des amis des livres à cette adresse et accueillit pour des séances de lecture, les meilleurs écrivains de son temps.

Adrienne Monnier (1892-1951) ouvre le 7 novembre 1915 une librairie «  La Maison des amis des livres » qu’elle présente simplement : « Notre première idée était très modeste : nous ne cherchons qu’à mettre sur pied une librairie et un cabinet de lecture dévoués surtout aux œuvres modernes » La librairie est une aussi une bibliothèque de prêt, ce qui permet de mieux faire connaître à ses clients et amis la littérature contemporaine, à diffusion restreinte à l’époque. Elle conseille ses visiteurs, discute avec eux, organise des soirées littéraires où sont proposées des conférences et des lectures créant un foyer intellectuel recherché et réputé.

Adrienne Monnier et Valéry Larbaud .

Adrienne Monnier va faire de sa librairie l’un des lieux majeurs de la création littéraire de l’entre-deux-guerre : elle faisait se rencontrer les écrivains autour de textes et de débats, chacun y lisant ses écrits ou commentant ceux des autres. Conférences, mais aussi activités éditoriales rythment l’activité de la librairie.

Source Gallica .

Elle fonde des revues, Le Navire d’argent en 1925 et Mesures en 1932 et publie nombre d’œuvres de ses amis : elle éditera aussi Jules Romains, Paul Fort, Paul Claudel, Georges Duhamel, Valery Larbaud, Paul Valery, et aussi Ulysse publié en français par la Maison des amis des livres en 1929 et tiré à 1200 exemplaires. Elle jouera un rôle important, avec son amis Sylvia Beach dans la traduction par Valery Larbaud du monumental ouvrage de James Joyce. Dans sa librairie, elle accueille aussi des musiciens comme Francis Poulenc et Erik Satie qui donnera à la librairie la première représentation semi-publique de son Socrate

L’Américaine Sylvia Beach fonde en 1919, Shakespeare and Company, librairie bibliothèque de prêt en langue anglaise sur le modèle de La Maison des Amis des Livres. Elle installe sa librairie au 12 rue de l’Odéon, tout près de celle d’Adrienne, en 1921. Les visiteurs y sont également prestigieux, Gertrude Stein, Ezra Pound, Hemingway, Joyce qu’elle fera connaître en France avec notamment la première traduction française qui sera publiée par son amie Adrienne.

Adrienne Monnier est aussi sollicitée de toutes parts pour servir d’intermédiaire. Paulhan lui demande de persuader Claudel de donner un texte à la NRF, la journaliste Janet Flanner obtient par elle un entretien avec Jean-Paul Sartre. Au cœur des échanges intellectuels, Adrienne joue les relations publiques dans le milieu littéraire.

Pendant la seconde guerre mondiale, elle aidera de nombreux réfugiés anti-nazis et réussira à faire de sa librairie un havre protégé.

Adrienne Monnier a écrit des recueils de poèmes (La Figure, 1923 ; Les Vertus, 1926), de courtes proses (Fablieaux, sous le pseudonyme de J.-M.Sollier, 1932). Elle laisse aussi des chroniques et des souvenirs (Les Gazettes, 1925-1945, 1953 ; Dernières gazettes, 1961 ; Souvenirs de Londres, 1957 ; Trois agendas, 1921-1940-1955 ; Lettres des déserts, 1962 ; Rue de l’Odéon, 1989), ainsi qu’une correspondance avec Marie-Louise et Henri Michaux (Correspondance 1939-1955).

Malade, Adrienne Monnier se suicide à Paris le 18 juin 1955, à l’âge de 63 ans.

Si désormais, le magasin du n°7 de la rue de l’Odéon n’accueille plus de livres, la rue est encore un repaire bien connu de libraires et les bibliophiles connaissent toujours les lieux !

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