FOURNIER-VERNEUIL (Vincent). Paris, Tableau moral et philosophique .

 

Il est des personnages étonnants, imprudents jusqu’à inquiéter le pouvoir par leurs écrits, alors que leur profession incline à composer avec les autorités. Le notaire Vincent Fournier-Verneuil se range dans cette catégorie. Il abandonne la carrière tranquille de robin pour se lancer dans l’écriture et tremper sa plume dans le vinaigre. La justice royale de l’époque le rattrape et saisit son ouvrage, Paris,  Tableau moral et philosophique. Mais la police du roi (Charles X) était sans doute imparfaite et des exemplaires échappèrent à la destruction tout comme un manuscrit du texte, peut-être de la main de l’auteur et que nous vous présenterons plus loin.

Vincent Fournier-Verneuil nait à Brantôme et meurt à Paris (1781-1838), il fut notaire en exercice à Paris du 14 juin 1809 au 6 décembre 1817, son étude se situait au 7 rue des Fossés Montmartre. Il publie en 1824, le Huron de Mont-rouge et Paris, Tableau moral et philosophique, en 1826, Les revenans, en 1831 Lettre à M.Odilon-Barrot député, Contre le divorce. En 1834, il dirige L’observateur : cri des familles, dont la parution dura un an.

Les renseignements bibliographiques sur l’auteur sont épars. Les traces sont tenues, quelques éléments dans les archives notariales et aussi un entrefilet dans le Moniteur universel du 7 novembre 1826 relatant ses ennuis judiciaires :  « Le sieur Fournier-Verneuil ayant été déclaré coupable d’outrage à la morale publique pour avoir composé l’ouvrage intitulé Paris, Tableau moral et philosophique qui contient des peintures indécentes et des expressions obscènes : Délit prévu par l’article 8 de la loi du 17 mai 1819 a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Paris en date du 19 avril 1826 à six mois d’emprisonnement et à 25 francs d’amende. Le même jugement a ordonné la destruction des exemplaires saisis et de ceux qui pourraient l’être ultérieurement. Sur l’appel dudit Fournier-Verneuil et sur celui du procureur interjeté à minima, la cour royale de Paris (1ère chambre civile et la chambre des appels de police correctionnelle réunies) a par arrêt du 13 juin 1826 confirmé purement et simplement le jugement ci-dessus rappelé. Elle a de plus ordonné que le mémoire présenté par le prévenu pour sa défense et qui était la continuation du délit serait et demeurerait supprimé « .

Alors ce livre qui provoqua les vives réactions du pouvoir politique de l’époque paraît bien anodin de nos jours. Paul Lacombe dans sa bibliographie parisienne est particulièrement sévère à son endroit. Ce pamphlet qualifié de violent en son temps, ces invectives et ces propos jugés calomnieux font aujourd’hui sourire. Ces mémoires couvrent la période de la Révolution à la fin de l’Empire et abordent de multiples sujets : Chapitre Premier : Les Tuileries, chapitre second, l’Hôtel de ville, chapitre troisième, Place des Victoires, chapitre quatrième, Colonne de la Place Vendôme, chapitre cinquième, Le beau Monde, chapitre sixième, Histoire du Notariat de Paris, chapitre septième, Le clergé, Humble supplique à Monseigneur de Croi grand-aumônier de France, cardinal et archevêque de Rouen, et à nos seigneurs les ministres du très-bon et très-clément roi Charles X, Note pour mes amis les paresseux, et pour les jeunes gens…

Le clergé, l’aristocratie, les Jésuites, les femmes sont autant de cibles pour l’auteur et il ne les manque pas, comme ces personnages uniquement désignés par leurs initiales mais qui avec un peu d’attention, sont facilement identifiables. Indépendamment de l’acrimonie de l’auteur à l’égard de certains, l’ouvrage est particulièrement intéressant sur quelques sujets : la création de la noblesse d’Empire, l’arrivée des Alliés à Paris en 1814 et la rapidité dans le changement des fidélités.

Venons en au manuscrit qui pourrait être de la main de l’auteur. Il est composé de 82 pages comportant une écriture uniforme au recto verso des pages. Le scripteur n’a pas écrit d’un seul jet l’ensemble du texte, ce qui donne à penser que ce dernier, n’est pas une copie de l’ouvrage et cela d’autant plus que l’ordre du texte n’est pas celui de la version imprimée. Il pourrait s’agir d’un document de travail avant la publication de l’ouvrage.  Il débute par l’humble supplique à Monseigneur de Croi grand aumônier de France qui dans l’ouvrage imprimé se situe après le chapitre sept consacré au Clergé. La conclusion du manuscrit est identique à celle du livre imprimé « Croyez-m’en sur parole, jeunes gens, l’aristocratie n’est bonne qu’à la Chambre des pairs ; là, c’est une nécessité, une magistrature ; partout ailleurs, c’est de la sottise, un non-sens, et un mauvais métier lorsqu’on veut dormir tranquille ». De tels propos ne pouvaient que provoquer les foudres de la justice royale, émanation d’un pouvoir qui se durcissait et allait disparaître dans la tourmente de la Révolution de 1830.

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FOURNIER-VERNEUIL (Vincent). Tableau moral et philosophique. Manuscrit. Un volume petit in-4 (22,5 cm x 17 cm), 82 pp.

Manuscrit contemporain de la parution de l’ouvrage rédigé à double face sur un carnet ligné.

½ reliure (dos vélin de réemploi, plats cartonnés, coins vélin).

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FOURNIER-VERNEUIL (Vincent). Paris, Tableau moral et philosophique par l’auteur de Curiosité et Indiscrétion, et du Huron de Montrouge. Paris, chez les principaux libraires, 1826. Un volume in-8 (21 cm x 13,5 cm), 632 pp.

Basane caillouté, dos orné d’un décor doré, tranches marbrés. Une charnière légèrement fendue .

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