BOYSSE (Ernest). Les abonnés de l’Opera. (1783-1786).

Avant d’être installé au Palais Garnier (à partir de 1875) et aussi à l’Opéra Bastille (à partir de 1990), l’Opéra connut plusieurs localisations dans Paris.

L’Académie royale de Musique résida d’abord au Palais-Royal. Un incendie (8 juin 1781) l’a déplaça vers la Porte Saint-Martin. Nicolas Lenoir fit construire en deux mois un théâtre de 1800 places qui fut inauguré le 21 octobre 1781. L’Opéra rejoint ensuite sa nouvelle salle rue de Richelieu le 9 thermidor an II. Il fonctionnera à cet emplacement jusqu’à l’assassinat du duc de Berry  (13 février 1820). L’édifice fut fermé à la suite de cet événement et ensuite détruit. Une grande salle fut construite rue Le Pelletier (1821) pour assurer les représentations musicales. Elle est l’œuvre de l’architecte François Debret qui réutilisa une partie du décor de la salle Richelieu. Cette salle fut détruite par un incendie en 1873.

Boysse IIIA l’Opéra au XVIIIe siècle, plusieurs solutions selon les catégories de public et les réalités sociales diverses, permettent aux spectateurs d’acquérir une place.

Le moyen le plus courant pour disposer d’une place de spectacle est de la payer le jour même de la représentation. Les billets de parterre, balcons et amphithéâtre, ceux des loges qui n’étaient pas loués d’avance, et autres étaient distribués aux bureaux, dont l’ouverture ne pouvait se faire en aucun cas avant trois heures après-midi.

Un autre moyen était de régler un abonnement payable par avance et trimestre pour une loge ou une Boysse XBoysse IXpartie de loge. Cette pratique remontait à la création de l’Opéra, à la salle du Palais-Royal depuis son ouverture (1673). Deux loges y étaient réservées en permanence, l’une pour le roi et l’autre pour la reine. Lors de l’absence des souverains, l’habitude se prit de louer ces loges, de préférence aux Grands puis cette location progressivement s’étendit à la majorité des loges. Des baux furent établis entre l’Opéra et les locataires des loges qui mentionnaient les échéances et avertissaient par avance les intéressés.

Beaucoup de spectateurs entraient aussi à l’Opéra sans payer. Il s’agissait du public qui jouissait à divers titre d’une entrée de faveur grâce à laquelle, il avait le droit d’assister au spectacle. En 1713, les auteurs des œuvres représentées furent autorisés à assister gratuitement au spectacle. Progressivement, les entrées s’étendirent aux personnalités officielles et l’ensemble des personnes bénéficiant d’entrées de faveur furent consignées sur une liste. Cette disposition existait depuis 1740. Le pouvoir royal décida de mettre bon ordre à ces dérogations successives. Il décida que pour entrer sans payer, il fallait être inscrit sur l’état annuel des entrées gratuites. Ces billets estampillés  » entrée » étaient nominatifs. Ils ne pouvaient ni être prêtés, ni cédés à d’autres sous peine que leurs bénéficiaires soient rayés définitivement de la liste des entrées. D’autres personnes accédaient aussi gratuitement à l’Académie royale de musique pour un spectacle prédéfini. Un règlement de 1784 institutionnalisait des billets gratis qui donnaient droit à des places au parterre, au paradis et à l’amphithéâtre. (Arrêt du conseil d’Etat du roi concernant l’Opéra).

La fréquentation du public à l’Académie royale de musique est irrégulière. La saisonnalité, la qualité des représentations, la présence de la haute société à Paris influaient sur l’affluence en ce lieu.

Boysse VIIBoysse VLa vocation aristocratique du spectacle de l’Opéra est certaine. Même s’il est difficile de connaître la sociologie des spectateurs, l’ouvrage d’Ernest Boysse nous donne un aperçu des amateurs de musique. Les spectateurs ayant souscrit un abonnement à l’Académie royale de musique en 1783-1784 sont un peu plus de 300 à avoir contracté un bail. Le prix de l’abonnement dépendait de la situation de la loge dans la salle. Pour les trois quart, les locataires des loges sont des hommes et les personnes qui ont des titres de noblesse représentent un quart de l’effectif total. En 1783-1784, 195 personnes bénéficient d’une entrée de faveur nominative, à ces personnes, il faut ajouter tous les sujets composant la Comédie-Française, soit environ 70 personnes. Les entrées de faveur se composent de trois catégories. Une liste des personnes auxquelles le roi veut bien accorder des entrées gratuites à l’Opéra pour les jours du spectacle, composée des personnes admises statutairement au théâtre (compositeurs, membres de la maison du roi….), une liste des «  entrées particulières », composée de personnalités directement liées à l’Académie royale de musique, et une liste des entrées « par ordres verbaux », composée de personnalités liées au pouvoir royal.

L’Opéra retrouvait ainsi l’ordre sociétal qui prévalait sous l’Ancien régime. La place occupée dans cette enceinte correspondait à la position sociale.

Boysse VIIIBoysse VIDans son ouvrage, Ernest Boysse nous offre un panorama des spectateurs d’Opéra juste avant la Révolution

L’abonné de l’Opéra « avait accès dans les foyers du chant et de la danse, comme il voyait de près tout ce monde de femmes, si plein d’enchantements et de prestiges, il en rapportait un vague parfum de libertinage élégant, quelque chose du roué et du talon rouge, qui frappait singulièrement l’imagination du vulgaire « .

Aux noms portés sur les listes des abonnés, l’auteur ajoutent quelques commentaires sur leur qualité puisés dans les mémoires, journaux et pamphlets de l’époque. Il donne ainsi un aperçu vivant de la vie mondaine avec ses réalités et ses médisances.

Boysse IV

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BOYSSE XXXXBOYSSE (Ernest). Les abonnés de l’Opéra. (1783-1796). Paris, Quantin, 1881. Un volume grand in-8 (24 cm x 16 cm), X-396 pp.

Un frontispice gravé (P.Avril) et quatre portraits (Mlles Duthé, Maillard, Sophie Arnould et Mr Jelyotte, célèbre chanteur) reproduits d’après des gravures du temps.

Impression sur vergé.

Boysse II bisBoysse IbisBoysse XXXIPlein maroquin orné d’un chiffre couronné sur les deux plats. Riche dentelle intérieure. Tête rouge ornée d’un semis de papillons dorés. Couvertures conservées. Reliure signée Ch.et L.Hilaire.

Bon exemplaire.

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