DEVIGNE (Roger). Illustrations de Jules ADLER. Ménilmontant.

Ménilmontant mais oui madame/C’est là que j’ai laissé mon coeur/C’est là que je viens retrouver mon âme/Toute ma flamme/Tout mon bonheur/Quand je revois ma petite église…

La chanson de Trenet, la gouaille de Maurice Chevalier, la tragédie de Piaf, tous ces artistes ont battu le pavé de ce vieux village. Avec eux, ce lieu populaire est devenu un symbole de Paris.

Avant 1860, Ménilmontant était un des villages de Belleville. L’annexion organisée par le baron Haussmann en fait un quartier parisien du 20e arrondissement.

Situé en hauteur, le lieu a été pendant longtemps un des principaux contributeurs de l’alimentation en eau de Paris. Les rues du quartier en garde la mémoire, rue des Rigoles, rue des Cascades, rue de la Mare…L’endroit sert aussi d’exploitation au gypse. Après un effondrement qui cause la mort de 8 personnes en 1778, l’exploitation du gypse en souterrain est interdite par arrêté royal en 1779. C’est du haut de la colline que Claude Chappe réalise le 12 juillet 1793 les premiers essais de son télégraphe qui transmet des message à l’aide de code sur de grande distance. Après avoir relié Ménilmontant et des villes du Val d’Oise, il sera décidé la construction d’une ligne entre Paris et Lille pour correspondre avec l’armée du Nord.

Pour dominer Paris, Henri IV y installe une batterie d’artillerie lors du siège de 1590. Sous l’Ancien Régime, les grands monastères parisiens possèdent des vignobles sur les pentes. C’est aussi à Ménilmontant que Jean-Jacques Rousseau est renversé par un dogue allemand le 24 octobre 1776, cette péripétie est à l’origine du récit des  » promenades  » des Rêveries du promeneur solitaire.

devigne 3Ce quartier populaire a toujours été un creuset d’agitation sociale. Plusieurs barricades sont dressées pendant la Révolution de 1848 et bien sûr pendant la Commune dont le mur des fédérés au cimetière du Père Lachaise, et la villa des otages rue Haxo gardent les stigmates.

Roger Dévigne, (1885-1965) journaliste, poète, écrivain, créateur de revues d’arts fut le premier directeur de la Phonothèque nationale de 1938 à 1953.

Son ouvrage Ménilmontant paraît en 1924 (librairie Ollendorff) puis en 1937 avec des compositions de Jules Adler gravées à l’eau-forte par Raymond Haasen ainsi qu’une édition en anglais en 1927, sous le titre The Gay Dreamers, an Idyl in Paris (Frederick A.Stokes Company).

L’ouvrage fut aussi porté à l’écran en 1937 par René Guissart.

Connu pour sa prédilection des thèmes sur le monde ouvrier, Jules Adler (1865-1952) qui a été l’élève de Bouguereau à l’Ecole des Arts Décoratifs, débute au salon de 1888. Il connaissait bien les quartiers populaires et la gêne d’une partie de la population parisienne, lui qui ouvrit une cantine  à Pigalle pour les artistes désargentés. Ses illustrations sont d’une saisissante vérité.

devigne 4devigne 5Dans son introduction à l’ouvrage, l’auteur évoque la transformation du faubourg d’un paysage émouvant et misérable à un autre décor neuf et massif mais qui n’a toutefois pas complètement fait disparaître le charme de l’endroit.

Depuis 1910 (date où le récit est fixé), tout avait changé dans le secteur où évoluaient ses personnages, la modernité constructrice sévissait comme dans d’autres quartiers de la capitale.

Il restait les habitants pour qui la misère et la peine étaient le lot quotidien mais il y avait aussi la vie joyeuse de ce faubourg et ses personnages singuliers dont l’auteur a tracé les portraits réels ou imaginaires dans son roman.

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devigne 1devigne 2DEVIGNE (Roger). Ménilmontant. Paris, les Bibliophiles du Faubourg, 1937. Un volume in-4 (34 cm x 26 cm), 293 pp.

Compositions de Jules Adler gravées à l’eau-forte par Raymond Haasen. 30 compositions dont 1 frontispice.

Un des 135 exemplaires sur vélin blanc à la forme des papeteries de Rives.

En feuilles sous couverture rempliée, emboîtage et étui de l’éditeur.

Avec le menu illustré du dîner des Bibliophiles du Faubourg (1er juin 1938).

Bon exemplaire.

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