DELVAU (Alfred). Histoire de la Révolution de Février. GRANIER DE CASSAGNAC (A.). Récit complet et authentique des Evénements de décembre 1851.

 

Dans les prochains jours, nous allons présenter plusieurs ouvrages d’Alfred Delvau. Avant d’aborder le contenu de ces différents livres, présentons l’auteur.

Alfred Delvau (1825-1867) fils du Paris industrieux est le bohême type, comme le décrit Murger dans Scènes de la vie de Bohême qui parait en feuilleton en 1848 dans Le Corsaire. Ecrivain prolifique, il publie de multiples ouvrages sur des thèmes parisiens directement inspirés de sa vie et de ses fréquentations de l’époque. Son existence fut parfois mouvementée. Secrétaire de Ledru-Rollin, proche de Jules Vallès, ses activités politiques faillirent le conduire en delvauclaisse 5prison. Il est aussi l’ami des artistes, il promeut Félicien Rops (nous verrons lundi prochain dans une de ses lettres qu’il attend la venue de l’artiste à Paris) et est un ami de Poulet-Malassis, l’éditeur entre autre de Baudelaire. Il savait faire illustrer ses livres par de grands talents. On retrouve Courbet parmi ses illustrateurs et Rops bien sûr. Révolutionnaire à 20 ans, il évoque peu par la suite ses activités politiques même si, il ne renie pas ses convictions mais s’accommode du nouveau régime en place après la chute de la République.

Alfred Delvau est avant tout le chroniqueur informé  de la vie parisienne dont il fréquente tous les lieux, ceux de son enfance avec Au bord de la Bièvre (1854) qui sera présenté dans ce blog le 18 novembre, ceux devenus parisiens avec l’annexion de 1859 avec Histoire anecdotique des Barrières de Paris (1865) qui sera présenté dans ce blog le 21 novembre,  ceux de ses divagations bohémiennes avec Les Cythères parisiennes, histoire anecdotique des bals de Paris (1864) dont nous avons parlé dans une précédente page de blog et l’Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris (1862), ceux des couches populaires parisiennes avec Les dessous de Paris (1860), etc… Delvau nous permet d’humer l’atmosphère parisienne de l’époque et même si il est un peu oublié aujourd’hui, ses témoignages sur le Paris du XIXe restent précieux.

Pour reprendre la genèse de l’histoire (voir notre parution d’hier, Arthur Rimbaud, le hasard et quelques livres) des quelques livres qui vont faire l’objet des pages de blog des prochains jours, Delvau n’a pas connu Rimbaud. Le premier voyage «  fugue » du poète à Paris date d’août 1870 mais Delvau a peut-être lu Verlaine dont les Poèmes saturniens paraissent en 1866. Delvau connaissait certainement Théodore de Banville à qui Rimbaud écrivit dès ses quinze ans pour faire publier ses premiers poèmes. Et Rimbaud ivre blessa lors d’un diner en mars 1872 le célèbre photographe Carjat dont nous retrouvons un portrait dans un ouvrage de Delvau.

Toutes ces correspondances ont dû être remarquées par le précédent possesseur de ces livres et c’est sans doute pourquoi ces ouvrages furent patiemment rassemblés pour nourrir les études rimbaldiennes conduites tout au long de son activité professorale.

1008143-Ledru-RollinAlors commençons par la séquence politique du personnage central Alfred Delvau. Il a 23 ans, la Révolution de 1848 s’annonce. Il devient le secrétaire de Ledru-Rollin qui fut un des initiateurs de la campagne des Banquets qui conduisit à la Révolution de 1848 et à l’instauration de la 2de République. La campagne des banquets permet de contourner la loi interdisant les réunions politiques. Député depuis 1841, Ledru-Rollin devient ministre de l’Intérieur du gouvernement provisoire. Il fait adopter  par décret le suffrage universel masculin. Républicain radical, Il se présente à l’élection présidentielle de 1848 où il n’obtient que 5% des suffrages.

15 nov 1Deux dédicaces de Delvau, introduise cet ouvrage, l’une à Ledru-Rollin exilé «  l’heure de la justice et de la réparation est lente à venir ; mais elle vient, – surtout lorsqu’on l’y aide… » et l’autre au Peuple où il proclame son attachement à la République «  Je suis un de tes enfants les plus obscurs et les plus dévoués. Fils du peuple, je ne renierai jamais mon origine, j’en suis fier ; elle m’a appris ce que je suis et ce que je vaux, et ce que tu es et ce que tu vaux. J’ai prouvé deux fois, – deux heures solennelles de ma vie, deux dates sérieuses de mon cœur, – que je savais me dévouer pour ta cause, je vais essayer aujourd’hui de te prouver que je sais la défendre. Peuple, c’est à toi que je dédie ce livre fait avec ma foi, avec ma conscience et avec mon cœur « .

22280460Par ses fonctions auprès de Ledru-Rollin, Alfred Delvau se trouve au cœur de l’agitation politique.

Delvau commence par retracer la genèse des événements. «  Notre XIXe siècle n’est pas seulement le successeur du XVIIIe siècle si brillant et si rempli, le siècle philosophique et révolutionnaire par excellence, le XIXe siècle en est l’héritier, le continuateur, le metteur en œuvre. L’un était la tête qui pense, l’autre sera le bras qui agit. Le 24 février 1848 continue 92 et non 89 « et évoque la révolution de 1830. « Le 29 juillet 1830 avait repris l’oeuvre interrompue le 9 thermidor an II. Mais encore ici l’œuvre avait été interrompue de nouveau, de nouveau la tradition révolutionnaire avait été brisée, et cette solution de continuité devait, cette fois, en durer que dix-huit années bien écoulées pour les privilégiés et les jouisseurs de la monarchie, bien lentement passées pour les pauvres et les affamés de cette monarchie… »

ob_8b2697_104544-1386693525-honore-daumier-louisfc3a9vrier-48-3Delvau rejette de façon absolue la monarchie qu’elle soit autoritaire comme celle de Charles X ou bourgeoise comme celle de Louis-Philippe mais ce n’est pas la partie la plus intéressante de son ouvrage même si on apprécierait que «  nos révolutionnaires contemporains » déploient la même culture pour présenter leurs arguments….Ce qui à mon sens retient le plus l’attention c’est le récit  des circonstances et leurs enchaînements qui provoquent la chute de la monarchie et l’émergence de la République et là, sa narration fourmille de détails. On l’imagine courant les banquets, lisant les journaux, suivant les débats à la Chambre et devinant l’explosion populaire dans un Paris où la population ouvrière est nombreuse. Au fil des pages on découvre la cristallisation des mécontentements puis l’explosion du 22 février 1848, les barricades dans les rues les affrontements avec  l’armée et la constitution d’un gouvernement provisoire par acclamation au sein de la chambre des députés le 24 février.

03-003909Certaines personnalités du gouvernement provisoire n’échappent pas à ses qualificatifs peu amènes «  A côté de Louis-Blanc, d’Albert, de Ledru-Rollin, de Glocon, soldats connus de la démocratie, – il y avait Marie, Garnier-Pagès, Marrast, Crémieux, Lamartine et Pagnerre, des marchands de phrases et des marchands de livres…. » Les portraits des protagonistes sont sévères, les tensions au sein du gouvernement provisoire dévoilées et l’orage continuait de gronder dans Paris, la situation économique était délicate. Delvau porte un regard lucide sur les acteurs, leurs talents et leurs limites, les soutiens intéressés des autres pays européens, le changement des fonctionnaires trop proches de la monarchie et la mise en place de l’organisation nécessaire au gouvernement provisoire qui allait organiser les élections à l’Assemblé nationale (23 avril) dont les résultats ne furent pas à la hauteur des attentes des républicains les plus engagés…

Initialement l’ouvrage devait comporter deux volumes. Le succès n’étant pas au rendez-vous, un seul volume fut édité. Il retrace les différents épisodes de la Révolution de 1848 jusqu’au 15 mai.

1315418-Jugement_de_Pâris__Louis_Eugène_Cavaignac_Louis_Napoléon_Bonaparte_et_LamartineLe Président de la République allait être élu au suffrage universel. Plusieurs candidats sollicitèrent les suffrages le 10 décembre 1848, un membre de la famille Bonaparte qui rassemblait 5 millions de voix et retrouvait après le rêve impérial en devenant Napoléon III en décembre 1852, deux républicains, l’un radical avec Ledru-Rollin, l’autre modéré avec Cavaignac, un socialiste Raspail, un légitimiste Changarnier et bien sûr Lamartine qui n’obtiendra que 18000 voix.

Il était donc intéressant de rapprocher dans une même présentation le défenseur d’une république naissante et le narrateur du coup d’état du 2 décembre 1851 qui allait voir sa disparition ce que fait A.Granier de Cassagnac.

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la révolution de février 1révolution de février 2DELVAU (Alfred). Histoire de la Révolution de Février. Paris, Blosse, Garnier frères, 1850. Un volume in-8 (23 cm x 14,5 cm), 481 pp.

Broché. Sous emboîtage et étui.

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granier de cassaignac 215 nov 5GRANIER de CASSAGNAC (A.). Récit complet et authentique des Evénements de décembre 1851. A Paris et dans les Départements. Paris, Dépôt rue Monthyon, 1851. Une plaquette in-8 (23 cm x 15 cm), 48 pp.

2 ex-libris

½ percaline. Pièce de titre. Couvertures conservées.

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