JOURDAIN (Francis). Photographies de Rémy DUVAL. L’Ile Saint-Louis et ses fantômes.

 

Lorsque un nouveau livre arrive sur les étagères de Paris-Libris, c’est l’occasion de faire quelques recherches sur l’auteur, l’illustrateur, voire l’éditeur et bien entendu sur leurs cercles proches mais certains  noms ne vous disent rien par simple ignorance.

Souvent cette ignorance me semble normale tant les traces laissées sont infimes mais parfois, les vies sont  extraordinaires. Je m’en veux alors d’avoir mis si longtemps à découvrir ces parcours étonnants.

L’ouvrage l’Ile Saint-Louis et ses fantômes a retenu mon attention pour ses somptueuses illustrations réalisées une à une avec encrage à la main des photographies de Remy Duval. Le texte d’accompagnement rédigé par Francis Jourdain était plus classique. A dominante historique, il ne m’apprenait rien de particulier ni sur l’Ile Saint-Louis ni sur l’auteur qui appartenait pour moi à la catégorie ci-dessus évoquée même si nous l’avions déjà croisé dans la page consacrée à l’ouvrage de Gabriel Belot, Ile Saint-Louis.

Quelques investigations bibliographiques plus tard, je découvrais la riche vie de Francis Jourdain qu’un de ses descendants détaille sur le site : Francis Jourdain et dont j’extrais les éléments biographiques suivants :

 » Peintre, céramiste, ouvrier d’art, architecte d’intérieur, décorateur de théâtre et de cinéma, créateur de mobilier, écrivain, critique d’art, Francis Jourdain (1876-1958) fut également un homme engagé, un militant comme en témoigne son action au Secours Populaires français dont il fut le Président de 1945 à 1958…Francis Jourdain baigne dès son enfance dans un milieu d’artistes et d’écrivains…Son père Frantz Jourdain est un architecte reconnu dont le nom reste associé à la construction de la Samaritaine…En compagnie de son père fondateur et premier Président du Salon d’Automne, il visite salons et galeries et après son baccalauréat, se destine à la peinture…Tour à tour il effectue un stage d’ouvrier d’art chez un maître-verrier, puis il étudie le dessin, entre à l’Académie Gervex où il travaille avec Eugène Carrière, s’initie à la gravure, à la sculpture, devient l’assistant d’Albert Besnard avant de se consacrer à la peinture. Il expose au Salon des Indépendants, à la Société Nationale des Beaux-Arts et a sa première exposition personnelle en 1906 à la galerie Druet…

Il abandonne la peinture et la gravure en 1913 pour se consacrer aux arts appliqués, et notamment à la création de mobilier….Il invente et commercialise un système de meubles interchangeables et bon marché destinés spécifiquement à la classe ouvrière. Dès 1912, il fonde les Ateliers modernes et ouvre en 1919 une boutique de céramiques, tissus, luminaires et autres objets décoratifs d’un style résolument moderne….Cette préoccupation pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs connaîtra une sorte d’aboutissement en 1937 avec son « logis type d’une travailleuse manuelle ou intellectuelle » de 14,5 mètres carrés qu’il expose au pavillon de l’Union des Artistes Modernes qu’il a fondée en 1929 en compagnie de Robert Mallet-Stevens, Charlotte Perriand et Pierre Chareau…

Obligé d’abandonner la production en série dès la fin des années 20 du fait d’un différend avec la société qui le finançait, il poursuivra ses recherches avec des clients particuliers…Lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925, il obtient la médaille d’or pour le wagon-fumoir que lui a commandé la compagnie des chemins de fer de Paris-Orléans.

Proche des milieux d’avant-garde, Francis Jourdain s’illustre également comme décorateur de théâtre avec Lugné-Poe, Antoine, ou Copeau…Il se passionne pour le cinéma et collabore avec des cinéastes au premier rang desquels, Louis Delluc et Jean Vigo pour  » L’Atalante ».

Pacifiste et antimilitariste dès sa jeunesse, il devient le gérant du journal anarchiste  » Le Libertaire ». En 1912, il se rallie brièvement au P.S.U. A la suite de la Révolution russe de 1917, il se rapproche des mouvements d’extrême gauche. Cofondateur avec Henri Barbusse des Amis de l’URSS, il est membre de la délégation française du Secours Ouvrier International créé par Willy Münzenberg qui se rend en U.R.S.S. en 1927 pour le 10e anniversaire de la Révolution d’Octobre. Il adhère en 1932 à l’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires auprès de Gide, Aragon, Barbusse et Vaillant-Couturier. Très actif dans le combat antifasciste, il fait partie de plusieurs comités d’aide aux Républicains espagnols. Résistant, il est pourchassé par la Gestapo pendant la Seconde Guerre Mondiale et adhère au parti communiste en octobre 1944.

A la Libération, il consacre une partie de son temps à des monographies sur les peintres qu’il a connu et à la rédaction de ses mémoires…Il reste au premier rang de toutes les luttes de l’après-guerre, que ce soit en tant qu’intellectuel plaidant pour une plus plus grande justice sociale ou surtout en tant que Président du Secours Populaire jusqu’à sa mort en 1958.

Peut-être habitait-il l’Ile Saint-Louis ? Le choix des photographies laissent supposer une parfaite connaissance des lieux sans doute entretenue dès l’enfance avec son père architecte à qui l’on doit le bâtiment de la Samaritaine.

Rémy Duval (1907-1984), fut photographe de 1924 à 1952, puis peintre et lithographe à partir de 1953. Il commence par pratiquer la photographie en autodidacte, membre de la Société française de photographie en 1927, il s’initie à partir de 1930, à l’art du tirage et du gris nuancé dans l’atelier de Laure Albin Guillot. Il est photographe de mode en même temps que critique photographique à Arts et métiers graphiques et à Photo-ciné-Graphique dans les années 30. Dans les années 40, il sera photographe de plateau auprès de Claude Autant-Lara,Marcel Carné et Robert Bresson.

Toute l’influence de Laure Albin-Guillot se retrouve dans ses photographies illustrant l’Ile Saint-Louis et ses fantômes.

Le lieu a aussi inspiré de multiples auteurs que vous pourrez retrouver sur le site de Paris-Libris, Ile Saint-Louis.

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JOURDAIN (Francis). L’Ile Saint Louis et ses fantômes. Paris, Editions Braun & Cie, 1946. Un volume in-folio (37,5 cm x 28,5 cm), 20 pp (texte).

20 Photographies en noir et blanc de Rémy Duval.

Tirage : 750 exemplaires numérotés sur papier B.F.K Rives. Illustrations en héliogravure, encrage à la main à l’unité. Un des quelques exemplaies H.C.

Broché sous couverture rempliée.

Bel exemplaire en parfait état.

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