BONNARDOT (Hippolyte). L’Abbaye royale de Saint-Antoine-des-Champs de l’ordre de Citeaux. Etude topographique et historique.

 

De la puissante Abbaye Saint-Antoine-des-Champs, il n’y a plus que quelques traces  (Le pavillon de l’Horloge, vestige du cloître notamment) dans l’enceinte de l’Hôpital du même nom.

L’église Saint Antoine a été rasée en 1796 et les bâtiments transformés en hospice ont été réaménagés après la Révolution.

Si les pierres ont disparu, il reste la longue histoire du lieu, objet de la monographie rédigée par Hippolyte Girardot.

Vue générale de l’Abbaye royale de Saint-Antoine-des-Champs, en 1481, d’après un dessin conservé aux Archives.

En consultant aux Archives un cartulaire de l’Abbaye de Saint-Antoine des XIIIe et XIVe siècles, des pièces originales  et les travaux des historiens des siècles passés (Du Breul, Félibien, Corrozet, Sauval, l’abbé Lebeuf, Piganiol de La Force, Jaillot, Hippolyte Girardot reconstitue l’histoire prestigieuse de l’Abbaye. Son ouvrage se divise en deux parties : La topographie puis la chronique de l’Abbaye de Saint Antoine du XIIIe au XVIIIe siècle.

L’entrée principale de l’abbaye de Saint-Antoine-des-Champs, fondée en 1198, sous le règne de Philippe-Auguste par Foulques, curé de Neuilly-sur-Marne, et située sur le territoire de la paroisse Saint-Paul, donnait sur une grande route ou chaussée qui s’appela depuis rue du Faubourg-Saint-Antoine. En 1204, les religieuses de Saint-Antoine-des-Champs embrassèrent la règle de Cîteaux. En 1215, Louis VIII, fit don à l’abbaye Saint-Antoine, pour fêter la naissance de son fils (le futur Saint-Louis) de l’emplacement de l’église et de ses environs. C’est à partir du règne de saint Louis que ce monastère prit le nom d’abbaye royale.

L’enclos de l’Abbaye de Saint-Antoine, entouré de fossés et de fortes murailles avec contreforts, et renfermant, en dehors des bâtiments claustraux, de l’église abbatiale, de la chapelle Saint-Pierre et des communs, des terres arables et d’immenses jardins ou vergers, était délimité, vers la fin du XVe siècle, au nord par une chaussée dite depuis rue du Faubourg Saint-Antoine, à l’ouest par divers tenants et aboutissants, au sud par la route de Paris à Charenton et à Saint-Maur (rue de Charenton), qui franchissait sur une planchette ou ponceau un fossé se dirigeant perpendiculairement de l’Abbaye Saint-Antoine à la Seine, et à l’est par un chemin qui reliait la chaussée Saint-Antoine à la route de Paris à Charenton et séparait l’Abbaye des terres du domaine royal de Reuilly.

Abbaye de S.Antoine en 1714 d’après le plan de Paris de J.De La Caille.

La contenance de l’enclos de l’Abbaye de Saint-Antoine, qui n’était dans l’origine que de quatorze arpents, s’accrut considérablement par la suite, grâce à diverses acquisitions de terrains, notamment sous le gouvernement de Marie II Le Bouthillier, abbesse de Saint-Antoine de 1636 à 1652.

Les vastes et magnifiques bâtiments de l’Abbaye, qui avaient déjà été reconstruits au commencement du XVIIe siècle, furent entièrement rebâtis de 1767 à 1770 par l’architecte Goupil, sous la direction et d’après les dessins de Lenoir le Romain et figurent pour la première fois sur le plan de Paris dressé par J.-B.Jaillot en 1775.

Tombeau de Jeanne et Bonne de France, filles de Charles V, dans l’église de l’Abbaye de Saint-Antoine.

L’église abbatiale, spécialement destinée aux religieuses, était dédiée à Notre-Seigneur Jésus-Christ à la sainte Vierge et à saint Antoine. Elle fut fondée au XIIIe siècle (de 1220 à 1230) par le roi saint Louis. Cette église était de style gothique et consistait en un chevet d’une architecture remarquable et en une nef avec bas côtés et galeries d’où les pensionnaires pouvaient assister aux offices. Devant le grand autel, à droite, se trouvait le tombeau des deux princesses Jeanne et Bonne de France, filles du roi Charles V, mortes toutes deux en bas âge, en marbre noir et décoré de statues en marbre blanc, surmontées de dais gothiques fleurdelisés. Cette église après avoir subi d’importantes réparations, sur les dessins de Lenoir le Romain, de 1767 à 1770 fut fermée et vendue le 24 septembre 1796 puis entièrement détruite.

Le 27 avril 1776, l’abbesse et les religieuses de Saint-Antoine cèdèrent 13.740 toises de superficie de terrains nécessaires à l’ouverture d’un marché et de cinq rues adjacentes, pour le dégagement de ses abords. Cette aliénation de terrains diminua sensiblement la contenance de l’enclos de l’abbaye du côté du sud-ouest.

L’Abbaye Saint Antoine fut supprimée en 1790. Un décret de la Convention nationale du 28 nivôse an III (17 janvier 1795) la convertit en hôpital, sous le nom d’hôpital Saint-Antoine. Le 19 messidor an VI (17 juillet 1798), la majeure partie des anciens jardins compris dans l’enclos de cette abbaye fut vendue en cinq lots : les rues Chaligny, de Cîteaux et Crozatier ont été ouvertes à diverses époques sur leur emplacement, ainsi que le boulevard Diderot.

Vue extérieure de l’église abbatiale de Saint-Antoine vers 1650.

Les religieuses de l’abbaye de Saint-Antoine avaient droit de haute, moyenne et basse justice. Elles bénéficiaient depuis 1471 d’un précieux privilège accordé par Louis XI, l’affranchissement de la tutelle des corporations parisiennes. Exemptés de taxes, les artisans s’installèrent autour de l’abbaye.

La situation de l’Abbaye royale de Saint-Antoine-des-Champs à proximité de la porte Saint-Antoine et de la Bastille lui valut de jouer un rôle marquant soit pendant les guerres civiles du XVe au XVIIe siècle, soit à l’occasion d’entrées solennelles à Paris ou de cérémonies funèbres d’obsèques royales.

Bénédiction solennelle de Madame Madeleine Molé, Abbesse, le 12 février 1653, dans l’église de Saint-Antoine.

Le 3 septembre 1432, sous le règne de Charles VII, l’abbesse de Saint-Antoine (Emerance de Calonne) fut emprisonnée au Châtelet avec quelques religieuses de cette abbaye, comme suspecte d’avoir conspiré contre le gouvernement de la ville de Paris alors au pouvoir des anglais. L’abbaye fut mêlée au désordre provoqué par la Ligue dite du bien public en 1465 et accueillit en son sein les discussions entre les parties.  Le 1er janvier 1540 eut lieu l’entrée solennelle à Paris de l’empereur Charles-Quint et il fut reçu à l’abbaye tout comme le le 14 septembre 1573, le futur Henri III élu roi de Pologne. La dépouille de Charles IX fut déposée le 10 juillet 1574 à l’Abbaye. En mai 1590 lorsque Henri IV assiégeait Paris, les soldats de la Ligue repoussèrent les assiégeants dans une sortie et les délogèrent de l’abbaye de Saint Antoine où ils s’étaient fortifiés. Les soldats de la Ligue pillèrent aussi l’Abbaye. Le 6 août 1590 eut lieu dans le cloître de l’Abbaye Saint Antoine, de midi à une heure, une conférence entre Henri IV et les députés de la Ligue. Le 2 juillet 1652, au combat du Faubourg Saint-Antoine, pendant la Fronde, le prince de Condé monta dans le clocher de l’église de l’abbaye Saint-Antoine  pour pouvoir surveiller les manoeuvres des troupes de l’armée royale. Le 26 août 1660, le roi et la reine passèrent lors de leur entrée dans Paris sous un grand arc de triomphe dressé devant l’abbaye. Tout au long de son histoire, l’Abbaye fut mêlée aux événements du royaume.

L’ouvrage contient aussi un appendice détaillant les possessions de l’Abbaye dans et hors Paris et le détail des pièces justificatives.

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BONNARDOT (Hippolyte). L’Abbaye royale de Saint-Antoine-des-Champs de l’ordre de Citeaux. Etude typographique et historique. Paris, Librairie de Féchoz et Letouzey, 1882. Un volume in-4 (32,5 cm x 26 cm), 93 pp.

Cinq planches et trois fac-similés.

1/2 percaline à coins légèrement frottée. Pièce de titre. Couvertures conservées.

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