BEAUNIER (André). Illustrations de Charles Genty. Bonshommes de Paris.

 

Notre attention se porte vers les livres rares mais nous avons une tendresse particulière pour certains ouvrages plus modestes qui reflètent l’esprit d’une époque et sont d’amusantes découvertes de lecture. L’ouvrage, Bonhommes de Paris, appartient à cette dernière catégorie. André Beaunier l’auteur et Charles Genty, l’illustrateur nous entraînent dans le Paris 1900 avec quatorze scènes de genre nous immergeant dans la sociologie de l’époque. La parfaite association d’une plume et d’un crayon nous plonge dans la vie quotidienne des parisiens au tournant du siècle.

André Beaunier (1869-1925), romancier et critique littéraire. Reçu à Normale sup en 1890, il devient chroniqueur littéraire à la revue des deux Mondes en 1912 puis éditorialiste et critique dramatique à l’Echo de Paris en 1916.

Charles Genty (1876-1956) caricaturiste, illustrateur et peintre. Après avoir été l’élève du peintre de Fernand Cormon, il illustre des journaux satiriques, Le Rire, Le Rire rouge, Ridendo, La Baïonnette, J’ai vu ou d’autre journaux comme les Annales politiques et littéraires ainsi que de nombreux livres.

Ainsi nous découvrons les parisiennes et les parisiens de l’époque en ballon captif, au musée de Cluny, écoutant de la musique militaire, à la bibliothèque nationale, passant le dimanche en banlieue, à saint Pierre de Montmartre, se déguisant pour Mardi Gras, à la Sorbonne, au Luxembourg, dans le tramways, empruntant les fiacres ou frissonnant sous l’automne.

Le bon bourgeois se repose en lisant son journal mais parfois il a envie d’aventure et des industriels ingénieux installent dans la capitale un ballon captif ce qui lui offre l’occasion de découvrir Paris d’en haut et d’imaginer qu’il part dans le ciel vers les étoiles mais le gros cable du ballon le retient et le ramène à la réalité. Les souvenirs de son ascension contenteront ses velléités aventureuses…

Il faut se rendre en semaine au musée de Cluny vers midi pour trouver quelques recueillements car les salles sont à peu près exemptes de Cook’smen et retrouver les dames du temps passés qui s’effacent sur les tapisseries anciennes ou des fantômes charmant qui tournent autour des objets familiers…

Les kiosques le dimanche rassemble des foules, des enfants dansent la polka, des bonshommes battent la mesure avec leurs cannes, des mamans bercent leurs bébés. Tous ces spectateurs venus d’horizons différents sont unis au rythme de la même mélodie…

La Bibliothèque nationale ferme ses portes pendant quinze jours au désespoir des lecteurs qui y passaient l’après-midi. L’entretien terminé, les lecteurs reprennent leurs habitudes et retrouvent leurs chers livres et leurs places habituelles…

Déjà en 1900, les parisiens rêvaient de grand air. Le dimanche matin, entre neuf et dix, la gare Saint-Lazare s’emplit d’un brouhaha, ils partent déjeuner sur l’herbe en banlieue. Pour le retour, ils s’empilent dans les compartiments…

C’est en semaine, l’après-midi vers la fin du jour, qu’il faut goûter le charme des vieilles églises et notamment celui de Saint Pierre de Montmartre qui délabrée fait pale figure au pied du Sacré Coeur tout neuf. Alors quelques ouvriers tâchent d’éviter la ruine définitive…

Pour Mardi Gras, c’est un plaisir incomparable que de se déguiser car on se déguise généralement en quelques chose de beaucoup mieux que ce qu’on est dans la réalité. Avec les masques c’est se transformer en quelque chose d’autres et cesser un peu d’être éternellement les mêmes bipèdes monotones…

Les parisiens sont partis pour la campagne : ils sont allés jouer au paysan. Cependant les provinciaux viennent à Paris. On n’est jamais bien chez soi et les prétextes sont nombreux comme celui d’accompagner son fils venu passer son baccalauréat à la capitale…

La nouvelle Sorbonne avec ses pierres toutes blanches, aux arrêtes vives, son éclairage électrique, ses tableaux noirs perfectionnés, tout le modernisme de sa ventilation, de ses portes à tambours, de ses sièges à dossiers, semble un peu fraîche pour les douces vieilleries de l’humanisme…

Le Luxembourg appartient aux petits bourgeois. La maman vient avec un pliant (inutile de payer tous les jours sa chaise!) et brode une bavette pendant que bébé, fait avec sa pelle, de minuscules tas de sable dans l’allée…C’est le soir surtout que le Luxembourg est charmant, après le dîner, aux premiers tintements de l’angélus de Saint-Sulpice…

Si tu doutes de la vigueur française et des biceps et des jarrets de tes compatriotes, et si tu crains que tout cela ne s’atténue dans une excessive intellectualité, assiste seulement, dans le grand hall de la gare Saint-Lazare, au départ d’une « équipe » pour Bécon-les-Bruyères….

C’est un tramway comme tous les autres. Seulement, quand on l’inaugura, il déplut à MM.les Artistes. Triste aventure !…Or, ce qui n’agrée pas à MM.Les Artistes est évidemment  » barbare »; le tramway de Saint-Philippe-du-Roule à Montrouge fut donc « le tramway des Barbares ». Il eut tout le monde contre lui. Cela ne veut pas dire que MM.les Artistes constituent, à eux seuls, dans notre bonne ville, une majorité bien imposante…

Le temps est proche où l’on parlera du cheval de fiacre comme on traite à présent des espèces tertiaires et quaternaires dans les ouvrages spéciaux. Alors, on racontera, comme une bizarrerie, qu’il y eut une époque très primitive où les hommes adaptaient à leurs véhicules des quadrupèdes vivants qu’ils dirigeaient au moyen de lanières de cuir et qu’ils excitaient au moyen de fouets…

L’automne, la saison charmante ! Les derniers beaux jours ont la grâce des choses qui finissent, le charme de ce qui s’en va pour ne plus laisser qu’un éphémère souvenir de fleurs fanées et d’oiseaux partis…

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BEAUNIER (André). Bonhommes de Paris. Paris, Tricon, 1902. Un volume in-4 (26 cm x 21 cm), 135 pp.

Illustrations de Charles Genty. Couverture de A.Poënein. 14 planches hors texte dont 7 en couleurs et nombreuses illustrations in-texte.

Pleine percaline de l’éditeur, décorée sur le premier plat. Légères usures et quelques traces au second plat. Tranches dorées

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