Lieutenant-colonel Victor-Auguste Robin (1847-1907), un officier supérieur artiste…

 

 

Le lieutenant-colonel Victor-Auguste Robin.

L’histoire commence à Renage, département de l’Isère petite bourgade à 30 km de Grenoble. Au milieu du XIXe siècle, une expansion industrielle se met en place autour de la Fure, rivière exploitée dès le XIVe siècle pour ses chutes d’eau successives, entraînant des martinets de forge puis de papeterie puis les roues des usines de soierie. Dans la France de la monarchie de Juillet, l’existence est rude dans les campagnes et des conditions de vie différente s’offrent à ceux qui choisissent la vie militaire. Victor-Auguste Robin nait à Renage en 1847, devient enfant de troupe à 11 ans et s’engage dans l’armée à 17 ans. Il sert en Algérie du 7 septembre 1864 au 5 septembre 1870, combat la Prusse dans l’Armée de la Loire du 6 octobre 1870 au 7 mars 1871, retourne en Algérie du 1er avril 1871 au 5 mai 1875 puis du 31 août 1884 au 11 avril 1885, est affecté au Tonkin du 12 avril 1885 au 23 août 1887 puis rentre en métropole pour assurer différents commandement. Il quitte le service actif en 1905 avec le grade de lieutenant-colonel.

Cette longue carrière militaire accompagne en partie l’expansion coloniale française de l’époque. L’armée se déploie au Maghreb, au Tonkin et aussi en Afrique. Victor-Auguste Robin découvre ces nouveaux pays, remplit ses carnets de dessins et achète des photos lui rappelant les contrées traversées. Ce sont ses souvenirs rassemblés en deux épais albums que nous allons vous présenter ci-après. Le lieutenant-colonel Robin prend sa retraite à Moulins à proximité de la caserne du dernier régiment qu’il a commandé. Il décède en 1907 et sera enterré à Aiguepersse (Puy de Dôme), petite ville auvergnate dont était originaire son épouse.

Des dessins et des photographies.

Cet officier supérieur est rentré de ses campagnes lointaines avec des carnets de dessins et des photos de ses lieux d’affectation ou des pays traversés rassemblés en deux albums.

Mais avant de dévoiler la richesse de ceux-ci constitués aux alentours des années 1885-1887 pendant son affectation au Tonkin, nous allons évoquer rapidement la conquête de ce territoire qui est le sujet de l’album de caricatures réalisées par Victor-Auguste Robin, à l’époque capitaine, où il croque la vie quotidienne d’un militaire mêlé à la population locale, découvrant les coutumes locales.

La conquête du Tonkin.

L’expédition du Tonkin est une suite d’opérations militaires françaises opérées sous la IIIe République, afin de poursuivre l’expansion coloniale en Asie du Sud-Est et de mettre un terme aux attaques chinoises. A la naissance de la Troisième république, la France possède déjà en Indochine, trois provinces du sud de l’actuel Viet Nam qui forment la Cochinchine française, et bénéficie également de l’ouverture au commerce français de trois ports en Annam (actuel Viet Nam).

En 1883, réagissant aux hostilités entretenues par les Chinois et leurs auxiliaires les Pavillons noirs et désireux d’ouvrir une fois pour toutes la route du Tonkin, les Français entament l’expédition sous l’impulsion du chef de gouvernement de l’époque, Jules Ferry. L’entreprise comporte des difficultés et provoque en mars 1885 une crise politique avec pour conséquence la chute du cabinet Ferry. L’expédition s’achève cependant par la mise définitive sous tutelle du gouvernement impérial annamite et par le retrait des Chinois, qui renoncent à leur suzeraineté sur l’Annam. L’Indochine française est officiellement fondée deux ans plus tard. Le Protectorat du Tonkin est soumis à une complète occupation française. Le nom d’Annam, utilisé jusque-là en Occident pour nommer le pays entier, ne désignera plus que la province centrale du Viet-nam, également placée sous un régime de protection plus lâche.

La pacification du Tonkin ne fut véritablement effective qu’en 1891 grâce à la politique de la « tache d’huile » de Gallieni.

L’affectation du capitaine Robin au Tonkin (1885-1887).

Le capitaine Robin est au premier rang sur la droite.

Le capitaine Robin embarque à Alger sur le paquebot « La France » le 13 avril 1885 pour rejoindre Along. Le bateau fera escale le 19 avril à Port Saïd, le 25 à Aden, le 2 mai à Colombo, le 9 mai à Singapour pour accoster à Along le 13 mai. Il sert dans un régiment du Train. Il va donc avoir la responsabilité de l’approvisionnement d’un corps expéditionnaire qui progressivement s’implante dans un pays qui va passer sous administration française. Il a déjà servi de longues années en Algérie et l’immersion au sein de sociétés étrangères ne lui est pas inconnue.

Cette proximité avec les habitants va lui offrir de multiples sujets de caricatures car l’officier saisit sur le vif des scènes de genre, croque des personnages et légende ses dessins.  Pendant ses deux années d’affectation au Tonkin, il capte le quotidien d’une population qu’il représentera en une galerie de portraits dont nous dévoilons déjà quelques croquis avant d’y revenir plus longuement dans la prochaine page de notre blog.

 

 

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