Lieutenant-colonel Victor-Auguste Robin (1847-1907), souvenirs photographiques.

 

Si le lieutenant-colonel Robin savait dessiner et croquer avec habileté les scènes de sa vie quotidienne au Tonkin voir notre page précédente de blog : Lieutenant-colonel Victor-Auguste Robin (1847-1907), campagne du Tonkin (1885-1887), albums de caricatures, il s’intéressait aussi à la photographie dont il rapporta de nombreux tirages de ses expéditions lointaines.

Le 19 avril 1885, le paquebot La France fait escale à Port Saïd en Egypte, il y reste seulement quelques heures. Est-ce à ce moment que le capitaine Robin qui a la responsabilité de 1.450 militaires destinés à renforcer le corps expéditionnaire au Tonkin, achète les magnifiques photos que nous retrouvons dans ses albums ? Cela semble peu probable car il a dû gérer la première désertion parmi ses hommes. Il y en aura d’autres par la suite au fur et à mesure des escales. A moins que d’entreprenants photographes flairant la bonne affaire ne soient montés à bord proposer leurs clichés aux officiers français ? Il est plus probable que sur le chemin du retour en août 1887, le capitaine Robin déchargé de ses responsabilités opérationnelles, a eu plus de temps pour choisir les tirages qui l’intéressaient en se rendant soit chez les frères Zangaki dans leur magasin à Port Saïd, à l’enseigne  « Photographie orientale » rue de la Division, soit chez Hippolyte Arnoux toujours à Port Saïd dans son magasin à l’enseigne « Photographie du canal » place Ferdinand de Lesseps.

Les photographes de Port Saïd.

Signée Zangaki.

Les frères Zangaki (Georges et Costas) sont deux photographes grecs actifs en Egypte et en Algérie de 1870 à 1915. Ils photographient les monuments historiques de l’Egypte antique, des villes et des scènes de la vie quotidienne du pays. Ils vendent leurs clichés aux nombreux voyageurs passant par le canal de Suez pour se rendre en Extrême-Orient. Ce sont des pionniers de la photographie en Egypte qui assurent la diffusion de tirages en grand nombre sur le pays.

Signée Zangaki.

Hippolyte Arnoux travaille à Port Saïd comme photographe à l’occasion des travaux de percement du canal de Suez. Il photographie les monuments de l’Egypte antique, les rues des villes et les habitants. Il réalise aussi des portraits en studio. Il travaille parfois avec les frères Zangaki mais cette collaboration dont les termes sont inconnus tourne mal. En effet, Hippolyte Arnoux assigne en justice George Zangaki en 1874 pour avoir reproduit et vendu certains de ses clichés. En 1876, il sera condamné à verser des dommages intérêts au plaignant. Manifestement la concurrence était rude entre photographes pour satisfaire la clientèle de passage à Port-Saïd.

Les tirages photographiques achetés par le capitaine Robin en 1885 voire plus sûrement en 1887 sont l’œuvre des frères Zangaki mais l’épisode de l’assignation par Hippolyte Arnoux instille un léger doute sur les droits d’auteur…

Pour la première fois le capitaine Robin mettait le pied en Egypte. Il connaissait déjà l’Algérie pour y avoir longtemps servi mais découvrait les pyramides. Curieux, il a certainement, comme tous les européens qui se rendaient dans ce pays, visité les principaux monuments et rapporté quelques souvenirs. Chez les photographes de Port Saïd qui sillonnaient toute la région au delà des frontières égyptiennes, il a aussi acheté de belles photos aux sujets africains dont l’exotisme pouvait intéresser une clientèle qui découvrait les mystères de nouveaux pays encore inconnus en Europe. Il pensait sans doute recevoir une affectation dans ces territoires encore inexplorés mais celle-ci ne viendra pas. Après le Tonkin, il retournera en métropole pour y poursuivre sa carrière militaire.

Pierre Dieulefils (1862-1937), photographe du Tonkin.

Sous-officier au sein du 24e régiment d’artillerie de Vannes, Pierre Dieulefils participe avec son régiment à la campagne du Tonkin (1885-1887). Il y fait ses premières photographies. Il rentre en France pour se marier et retourne à Hanoï en 1888. Il s’installe comme photographe professionnel. Il participe successivement à toutes les expositions universelles, internationales ou coloniale entre 1889 et 1910 (Paris 1889-1900), Hanoï (1902), Marseille (1906), Londres (1908), Bruxelles (1910), remportant de nombreuses récompenses. A Hanoï dès 1902, il édite des cartes postales et des albums imprimés à partir de ses propres clichés, de ceux de ses associés ou d’autres rachetés à des collègues. Entre 1914 et 1917, Pierre Dieulefils voyage au Maroc où il retrouve Lyautey qu’il avait connu à Hanoï. Ce sera l’occasion de publier plusieurs albums photographiques.

Il retourne en 1919 à Hanoï, remet son atelier à A.Levray et rentre s’installer définitivement en France avec sa femme en 1921.

Pierre Dieulefils découvre la photographie et en apprend les techniques à l’armée lors de son affectation au Tonkin, c’est à cette occasion qu’il croise le capitaine Robin qui repartira en métropole avec ses tirages, souvenirs d’une société locale encore préservée de l’influence occidentale.

L’album contient 36 photographies de formats divers. Contrairement aux caricatures, elles ne sont pas légendées même si leurs sujets voire leurs signatures nous permettent d’identifier leurs origines.

Dans la page suivante du blog, nous présenterons en détail le contenu de ces deux albums, précieux témoignage des campagnes coloniales françaises.

 

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