Les minutes parisiennes.

 

 

Ils se sont amusés à écrire les minutes parisiennes. Nous nous régalons à les lire les physiologies de Paris comme ils disent. Grâce à l’éditeur Paul Ollendorf, un groupe d’artistes, graveurs sur bois, dessinateurs, écrivains  (Introduction, midi, Georges Montorgueil, p1) a décidé de vivre Paris à chaque heure du jour et de la nuit. Pour cela, ils ont choisi le plus beau papier, le papier de chine et ils ont décidé de l’illustrer de la plus jolie des façons, avec de beaux dessins gravés sur bois. Ils sont tous parisiens et adorent leur ville. Ils ont construit une œuvre pour esthète, une œuvre libre d’esprit, belle dans la forme, belle dans le fonds : papiers recherchés, proses subtiles, gravures élégantes.

Ces physiologies parisiennes comme ils disent correspondent à chaque aspect de Paris : une heure, un lieu, un genre ! Loisir ou labeur, dandy ou ouvrier : chaque population a son heure. Chaque recueil, justement documenté, se plaît à décrire un coin de la capitale à une heure donnée et nous rappeler que Paris est riche d’une faune hétéroclite. Et pour chaque heure, une double sensibilité d’artistes, celle de l’auteur et celle du dessinateur.

Leur entreprise était ambitieuse, leurs textes merveilleusement rédigés. Ils ne proposeront qu’onze tomes. Pour notre plus grande déception ! Ils inaugurent la série avec les cloches qui sonnent midi et l’achèvent à 6 heures du matin avec le premier train qui part de la gare de La Chapelle. Ils privilégient les heures du jour à celles de la nuit, les après-midi sont fructueuses, le parisien est occupé. Entre 2 heures et 6 heures du matin : rien ; comme une abstinence, une nuit magique où nos rêves nourris de leur prose nous bercent, où notre imaginaire prolonge leurs déambulations diurnes.

A l’heure égalitaire, midi sonne. Il sonne pour les indolents et riches quartiers comme dans les faubourgs brumeux de la fumée des usines. (Midi, Georges Montorgueil, p17)

Il est temps de se plonger dans l’œuvre.

A midi, les petites ouvrières se retrouvent pour déjeuner. Elles picorent et papotent. Elles séduisent et se plaignent. Les petites femmes de Paris sont éternelles.

A 1 heure, les boursicoteurs spéculent et se ruinent. La course à l’argent est à notre époque de civilisation à outrance, d’impiété, de matérialisme triomphant, la course au bonheur ! (Gabriel Mourey, p42)

A 2 heures, une promenade digestive sur l’île Saint-Louis nous permet de rêver aux hôtes merveilleux de ses prestigieux hôtels. Gustave Geffroy nous emmène ensuite dans l’île de la Cité, berceau de notre civilisation.

Puis, nous nous précipitons à 3 heures, aux courses de Longchamps, l’excitation est à son comble. On y vient comme on peut – calèches, bateaux-mouches, bicyclettes, roulottes – on pèse et on soupèse à la salle de pesage, on parie et on admire les jolies femmes, leurs voilettes, leurs gazes transparentes, leurs étoffes multicolores. La course commence, le silence se fait.

Déjà 4 heures, les dames du monde s’essaient à l’essayage. Elles se ruinent en souriant, flattées par d’obséquieuses vendeuses qui leur assurent qu’elles sont les plus belles femmes du monde. Le soir, elles retrouvent leur homme qui les félicite de leur argent dépensé, eux qui travaillent pour cela, pour qu’elles aient de jolies frou-frou.

A 5 heures, ambiance particulière rue du Croissant, on crie dans les rues : Demandez, demandez la patrie, les droits de l’homme ! le petite bleu… (Henry Fèvre, p11). Ce sont les camelots qui s’activent, ils vendent leurs journaux et s’éparpillent dans la ville au pas de course à la recherche du meilleur chiffre et de la  fortune.

A 6 heures, nous admirons les dandys parisiens qui s’exercent aux armes : Parez quarte… ripostez… une, deux… d’aplomb, monsieur le baron, d’aplomb ! (Georges Ohnet, p1) et pensent à se faire beau ou à oublier leur désarroi : Eh bien ! elle ne la manquait pas, elle, la salle. Elle était en plein dans ses exercices avec la Roserie. (Georges Ohnet, p35)

Sur les hauteurs, à 7 heures, Belleville est magique, le boulevard descend sur Paris. L’homme du faubourg marche sur Paris comme le breton marche vers la mer. (Gustave Geffroy, p7) Une jeune fleuriste troque un amant pour une amie, un petit propriétaire se plaint du coût de son immeuble, les réunions politiques attirent la foule. Le parisien du faubourg s’agite, il est unique.

A 8 heures, on s’attable ; Maurice Guillemot nous régale avec les célèbres dîners parisiens. La soirée est merveilleuse, les mets sont délicieux, nous nous retrouvons tous autour de jolies femmes et de bons vins. Le plaisir culinaire est un plaisir français que le monde nous envie.

A 1 heure du matin, alors que les bourgeois sont couchés, aux boulevards, on accompagne les noctambules qui s’activent. Les viveurs de toute classe s’éveillent, les Grandes Soupeuses, « promeneuses en falbalas » « ces magasins de linges et de pelleteries règnent sur la vie nocturne » sont les reines de la nuit. Gustave Coquiot (écriture) et Grégoire Bottini (dessins) se plaisent à les accompagner dans leur extravagante galanterie.

La nuit fut courte : 6 heures du matin sonne à La Chapelle, le cheminot Pradier rejoint sa gare pour bichonner Marguerite, sa locomotive ; aujourd’hui est un grand jour, un ministre d’Etat l’utilise : Ce sont ces belles locomotives qui font les trains rapides et sont l’admiration des ingénieurs étrangers, dit-il rassuré (Désiré Louis, p97) .   

Avec eux, Paris semblait être une féérie permanente où le labeur du quotidien était balayé par la richesse et la festivité de la ville. Textes enjouées, textes subtiles, textes drôles, nous nous vivifions à plonger dans le Paris fin de siècle où une certaine insouciance régnait dans la ville avant que la guerre n’emporte cet art de vivre.

                                                                           Olivier de Sesmaisons

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Les minutes parisiennes.

MONTORGUEIL (Georges). Les minutes parisiennes. Midi. Le déjeuner des petites ouvrières. Illustrations de A.Lepère. Paris, Ollendorff, 1899. Un volume in-12 (15,5 cm x 11,5 cm), 109 pp. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. MOUREY (Gabriel). Les minutes parisiennes. 1 heure. La Bourse. Illustrations de Charles Huard. Paris, Ollendorff, 1899. Un volume in-12 (16 cm x 12 cm), 103 pp. Exemplaire non coupé. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. GEFFROY (Gustave). Les minutes parisiennes. 2 heures. La Cité et l’Ile Saint-Louis. Illustrations de A.Lepère. Paris, Ollendroff, 1899. Un volume in-12 (16 cm x 12 cm), 115 pp. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. MILLOT (Léon). Les minutes parisiennes. 3 heures. Les Courses, le Grand Prix de Paris.  Illustrations de A.Gérardin. Paris, Ollendorff, 1899. Un volume in-12 (16 cm x 12 cm), 105 pp. Un des 1098 exemplaires numérotés sur chine. VALDAGNE (Pierre). Les minutes parisiennes. 4 heures. L’Essayage. Illustration de Balluriau. Paris, Ollendorff, 1901. Un volume in-12 (16 cm x 12 cm), 123 pp. Exemplaire non coupé. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. FEVRE (Henry). Les minutes parisiennes. 5 heures. La rue du Croissant. Illustrations de Sunyer. Paris, Ollendorff, 1901. Un volume in-12 (16 cm x 12 cm), 116 pp. Exemplaire non coupé. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. OHNET (Georges). Les minutes parisienne. 6 heures. La Salle d’Armes. Illustrations de Flasschoen. Paris, Ollendorff, 1902. Un volume in-12 (15,5 cm x 12 cm), 85 pp. Exemplaire non coupé. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. GEFFROY (Gustave). Les minutes parisiennes. 7 heures. Belleville. Illustrations de Sunyer. Paris, Ollendroff, 1903. Un volume in-12 (15,5 cm x 12 cm), 113 pp. Exemplaire non coupé. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. GUILLEMOT (Maurice). Les minutes parisiennes. 8 heures. Dîners parisiens. Illustrations de Jeanniot. Paris, Ollendorff, 1901. Un volume in-12 (15,5 cm x 12 cm), 69 pp. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. COQUIOT (Gustave). Les minutes parisiennes. 1 heure du matin. Les Soupeuses. Illustrations de Georges Bottini. Paris, Ollendorff, 1903. Un volume in-12 (16 cm x 12 cm), 93 pp. Exemplaire non coupé. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine. LOUIS (Désiré). Les minutes parisiennes. 6 heures du matin. La Chapelle. Illustrations de G.Prunier. Paris, Ollendorff, 1904. Un volume in-12 (15, 5 cm x 12,5 cm), 120 pp. Exemplaire non coupé. Un des 108 exemplaires numérotés sur chine.

Exemplaires brochés sous couverture illustrée rempliée. Quelques très légères rousseurs éparses sur quelques exemplaires.

Suite complète de toutes les éditions parues.

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Outre cette série complète, des exemplaires à l’unité sont aussi disponibles sur le site de Paris-Libris.

Midi. Le déjeuner des petites ouvrières. Ici .

1 heure. La bourse. Exemplaire sur chine. Ici .

2 heures. La Cité et l’Ile Saint-Louis. Ici .

3 heures. Les Courses, le Grand Prix de Paris. Ici.

4 heures. L’Essayage. Ici.

6 heures. La Salle d’Armes. Ici.

1 heure du matin. Les Soupeuses. Ici.

 

 

 

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