FABRE-LUCE (Alfred). Paris 1947.

Aujourd’hui, Paris de l’après-guerre, encore marqué par les affrontements des années précédentes et basculant vers un nouveau monde un peu étranger à celui qui le décrit comme l’écrivain Alfred Fabre-Luce.

Alfred Fabre-Luce (1899-1983) petit-fils du fondateur du Crédit lyonnais, il commence par suivre des études de lettres et de droit. En 1919, il débute son parcours professionnel comme attaché d’ambassade à Londres. Il abandonnera rapidement la carrière diplomatique pour entamer une carrière de journaliste. Auteur de plus de quatre-vingt-dix ouvrages, il occupa une place importante dans le monde des lettres avant de progressivement tomber dans l’oubli. En effet, il fut un grand témoin des années 1920-1970 et publia de nombreux ouvrages dans tous les genres : histoire, biographie, essai littéraire et politique, pamphlet, récit de voyage et journalisme. Libéral comme Tocqueville, admirateur de Benjamin Constant, il était surtout « inclassable » et comme il l’écrivait  » Je me trouve étrangement parent des libertaires dont, par ailleurs, tout me sépare. C’est le sort commun des écrivains qui osent dénoncer les  » vaches sacrées » de leur époque ». Il devient célèbre à 25 ans avec son livre « La Victoire » où il dénonce la politique de Poincaré à l’encontre de l’Allemagne. Par la suite, il sera proche des jeunes turcs du parti radical qui voulait le rénover. Tour à tour fondateur en 1933 de l’hebdomadaire Pamphlet puis en 1936 de l’Assaut, devenu aussi rédacteur en chef de l’Europe nouvelle, il fréquente les non-conformistes des années 30. Ces zig-zag politiques l’amène à se rapprocher du Parti populaire français, tout en s’insurgeant de la remilitarisation de la Rhénanie pour finalement défendre les accords de Munich en 1938. Il sera fervent maréchaliste de 1940 à 1942 pour finalement prendre ses distances avec le régime de Vichy à la fin 1942. Emprisonné par la Gestapo en 1943 pour s’être félicité dans le troisième volume de son Journal de France, de l’entrée de l’armée d’Afrique dans la guerre au côté des Alliés. Il le sera à nouveau en 1944 par les épurateurs. Il affiche un farouche antigaullisme. Il sera condamné en 1949 à dix ans d’indignité nationale. Au début des années 50, il collabore au Monde, aux Ecrits de Paris et à Rivarol. Fervent soutien des institutions de la Ve République naissante, il ne se départit pas de son antigaullisme en publiant Haute Cour (1962). Il sera un opposant résolu du général de Gaulle ce qui lui interdira l’accès à l’Académie française.

Dans Paris 1947, Alfred Fabre-Luce, évoque l’air du temps de l’époque. Quelques phrases tirées des différents chapitres livrent son analyse.

Les illustrations de Claude Lepape apportent une touche de fraîcheur à des sujets parfois graves mais traités avec une élégante légèreté.

Les ruines de Paris.  » De grandes batailles ont été livrées pour la possession de Paris. mais elle se sont déroulées à distance. Nul n’a osé renverser ses pierres sacrées. Ses ruines sont invisibles. On les découvre peu à peu, en observant les moeurs, en recherchant des traditions perdues… »

La République au rouet.  » L’année 1946 a été marquée par le contraste saisissant de rites électoraux minutieux et d’une inflation galopante. En l’espace d’une année, les Français ont été conviés à trois élections législatives, à trois référendums à une élection à deux degrés pour le Conseil de la République. Cependant, les prix de détail doublaient en un an, la circulation monétaire augmentait dangereusement et en juin, aux Caisses du Trésor, les excédents de remboursements succédaient aux excédents de sous scriptions. Rien d’étonnant à cela. Comment trouver le temps de gouverner parmi les meetings et les polémiques dans l’incessante éclosion de papiers multicolores aussi nombreux que les confettis des anciens carnavals ?… »

Libération de l’Académie française.  » En septembre 1944, la Libération a soufflé en tempête sur l’Académie Française. Tout ce qui n’était pas né de la veille semblait alors suspect. Par son seul âge, l’Académie, comme l’Eglise, se désignait aux nouveaux inquisiteurs. Les journaux de la Résistance l’incitaient à s’épurer. Ils dressaient la liste des victimes. Ils indiquaient même les noms des successeurs dont le choix  » réhabiliterait » l’Académie. François Mauriac, chef des gaullistes, faisait circuler une sorte de liste de Front Populaire, où Aragon et Eluard représentaient le parti communiste… »

Soirée à l’ambassade d’Angleterre. « Maintenant, recevoir a cessé d’être une fonction. Les hommes d’Etat ont perdu le goût des succès mondains. Les généraux vainqueurs portent encore des décorations, ils ne portent plus de femmes. (En 1815, Wellington mettait ses lauriers aux pieds de Mme Récamier; en 1945, Montgomery, passant une soirée à l’Ambassade, ne parle qu’aux officiers de sa suite.) La société française est désaxée. L’aristocratie, la haute bourgeoisie elle-même sont hors jeu; mais l’on ne saurait dire qu’une autre classes les ait remplacées. L’argent et le pouvoir sautent brusquement d’un groupe à l’autre…. »

Notre-Dame et le Panthéon.  » Le carême du P.Riquet à Notre-Dame est l’un des événements de l’année parisienne. Résistant, déporté, grand orateur – cette conjonction devait attirer dévots et curieux autour d’une chaire qui, d’ailleurs, par une sorte de vertu propre, semble toujours inventer un génie… »  » Le peuple effraie malgré lui, et aucun de ceux qui obtiennent son audience ne l’aime assez pour lui dire la vérité. Même les étudiants, si contredisants sous tous les régimes, ne se risquent pas à le fronder. Son ombre plane sur la colline qui porte le Panthéon, comme elle plane sur Notre Dame « .

Naissance de l’Europe.  » Aujourd’hui d’âpres divisions idéologiques s’ajoutent ou se superposent aux anciennes divisions nationales. On parle de simplifications futures-grandioses ou terribles. En attendant, l’Inde et l’Allemagne se dédoublent; et dans la vieille Europe les barrières douanières traditionnelles sont renforcées d’un contrôle des changes qui filtre, en même temps que les capitaux, les personnes….

A la pointe de Lutèce.  » Nous pouvons, en effet, encore prétendre à ce bonheur collectif qui est le produit quai-automatique d’une propagande bien faite. Dans les pays de masses, les « sondages » révèlent, paraît-il, des  » majorités » d’heureux. Mais ce bonheur-là sera toujours refusé par les hommes libres…. »

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FABRE-LUCE (Alfred). Paris 1947. Paris, Les Amis du Livre moderne, 1950. Un volume petit in-4 (27,5 cm x 21 cm), 183 pp.

Eaux-fortes de Claude Lepape.

Un des 120 exemplaires nominatifs et numérotés réservés aux membres de la Société des Amis du Livre moderne.

En feuilles sous couverture rempliée, emboîtage et étui.

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