Carnet de route d’un combattant de la Première guerre mondiale. I.

 

L’objet se présente modestement, un épais carnet cartonné aux couleurs passées renforcé d’une épaisse toile noire au dos. La banalité de l’enveloppe laisse mal augurer de la richesse des sujets abordés au long des pages. Rédigé à la plume dans les tranchées ou à l’abri dans des locaux de fortune, il s’agit du Carnet de route d’un engagé volontaire au troisième régiment de marche de la Légion Etrangère qui pendant les quatre années du conflit de la Première guerre mondiale raconte son quotidien et les différentes phases des actions auxquelles il participe.

Présenté de la sorte ce document unique pourrait sembler aride et impersonnel. Mais ce modeste cahier contient aussi de multiples photos, cartes postales, coupures de presse, proclamations militaires diverses et aussi des fleurs séchées, témoignages précis et émouvants de ces moments uniques vécus durement par tous les combattants de la guerre 1914-1918.

Le rédacteur de ces pages a régulièrement pris des notes tout au long du conflit et retrace fidèlement tous les événements auxquels il se trouve confronté. Sous une forme chronologique, nous avons sous les yeux la guerre racontée de l’intérieur par un combattant directement impliqué dans les  engagements les plus périlleux.

Robert Gruaz en janvier 1916. Il a collé sur la photo un morceau de ruban vert rompu de fines rayures rouges de la Croix de guerre dont il a été décoré.

Pourquoi Robert Gruaz, l’auteur de ce journal,  né à Paris le 13 février 1885 s’engage-t-il le 6 septembre 1914 dans la Légion Etrangère ? L’enthousiasme patriotique de l’époque est sans doute la bonne réponse et c’est d’autant plus remarquable qu’il avait renoncé à la nationalité française l’année de ses 21 ans en 1906 pour des raisons que nous vous exposerons ultérieurement. La richesse de son témoignage va nous donner l’opportunité de vous présenter chaque dimanche des mois de mars et d’avril, le quotidien d’un combattant au sein d’un régiment parmi les plus exposés.

Cent ans après la fin du conflit, ce journal nous offre l’occasion de ressusciter la mémoire de ces hommes qui connurent le pire et souvent y laissèrent leur vie.

Alors au cours des prochaines semaines nous allons découvrir la vie de combattant de Robert Gruaz dans son carnet de route commencé le 28 novembre 1914.

Ce carnet contient 100 feuillets, le conflit s’éternisant il y ajoute à la fin décembre 1917, un cahier de 16 feuillets supplémentaires.

Feuillet 3 identifiant le rédacteur du Carnet de route.

Quand il trace sur le 3e feuillet de son carnet de route les mots suivants : « Carnet de route appartenant à Robert Gruaz Matricule 32953 Caporal téléphoniste P.M.E 1er Bataillon 1er Etranger, Engagé volontaire le 6 septembre 1914, je suis versé au 3ème de Marche du 1er Etranger. Après un séjour d’un mois au Bastion 10 et quelques jours à la caserne de Reuilly le régiment se forme définitivement à Rueil (Seine et Oise) localité que nous quittons le 28 novembre 1914 pour nous rendre sur le front du Nord », le caporal Gruaz partait pour un long conflit dont il a souhaité garder le souvenir dans son précieux cahier qui l’accompagnera tout au long des combats et dont nous découvrirons la teneur chaque prochain dimanche des mois de mars et d’avril.

Caserne de Rueil quitté le 28/11/1914 pour aller au front.

Pour nous immerger dans le récit, les premières lignes du carnet : 28 novembre 1914.  » Nous quittons Rueil à 6h. du matin et nous arrivons à 5h. du soir à Ecouen. L’étape a été très dure 32 km avec le barda complet aussi je suis complètement éreinté. Mon frère m’accompagne jusqu’à Sarcelles. 29 novembre 1914. Etape d’Ecouen à Chaumontel (20 km). Beau temps même trop chaud et surtout pour des soldats qui n’ont pas l’habitude des grandes marches. 30 novembre 1914. Partis de Chaumontel à 8h du matin nous arrivons à Laigneville à 4h du soir par une nuit noire et sous une pluie torrentielle. Etape de 15 km environ. En cours de route nous avons traversé Creil où j’ai vu quelques rues dont plusieurs immeubles ont été incendiés par les Allemands en août 1914. Premières impressions de la guerre… »

Prochaine parution sur le Carnet de route de Robert Gruaz, dimanche 11 mars.

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