BRASILLACH (Robert). Poèmes de Fresnes. CALET (Henri). Les murs de Fresnes

 

Pour notre retour sur la toile après les vacances, nous quittons Paris pour Fresnes qui est seulement à une douzaine de kilomètres de la capitale pour évoquer sa prison et deux écrivains, Robert Brasillach qui y fut incarcéré et Henri Toulet qui consacre un ouvrage aux souvenirs laissés par les prisonniers sur les murs des cellules.

 » Vous prenez la route nationale, comme si vous alliez à Orléans, ou plus loin. A droite, des plaques indicatrices familières : Malakoff…Une auberge que l’on a toujours connue à cette place : La Vache Noire. On est libre, on est vivant, on arrive…

Des bâtiments, des toits rouges, une allée bordée d’arbres : Fresnes. Une énorme grille, pareille à celle d’un couvent. On entre par un long et large corridor… » Henri Toulet.

La prison fut construite de 1895 à 1898 par l’architecte Henri Poussin.  Pendant l’Occupation, la prison fut utilisée par les nazis pour emprisonner et torturer les résistants et lors de l’épuration, les collaborateurs y furent incarcérés à leur tour.

Avec Fleury-Mérogis et la prison de la Santé, le centre pénitentiaire de Fresnes est l’un des trois principaux établissements pénitentiaires de la région parisienne et l’un des plus importants de France.

Robert Brasillach (1909-1945) écrivain, journaliste et critique de cinéma. Elève à l’Ecole Normale Supérieure en 1928, il décrit cette période dans son ouvrage « Notre avant-guerre » où il fait revivre l’effervescence littéraire, artistique et politique du Paris de sa jeunesse.  Il assure une chronique littéraire dans l’Action française jusqu’en 1939. Passionné par le cinéma, il rédige de nombreuses chroniques dans les journaux. Son histoire du cinéma est publiée pour la première fois en 1935. Son roman « Les Sept couleurs » manque de peu le Goncourt en 1939. Son oeuvre littéraire  s’exprime dans tous les domaines, romans, poésie, théâtre, essais, reportages…Formé à l’Action Française, il évolue vers le fascisme dans les années 30. Il est de 1937 à 1943 rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Je suis partout » devenu l’organe de la collaboration sous l’occupation. Emprisonné à Fresnes pour intelligence avec l’ennemi, son procès s’ouvre le 19 janvier 1945 devant la Cour de la Seine, il est condamné à mort le même jour. Suite à  sa condamnation, une pétition d’artistes et d’intellectuels parmi lesquels Paul Valéry, Paul Claudel, François Mauriac, Jean Anouilh demande au général de Gaulle la grâce du condamné qui sera refusée. Il sera fusillé au fort de Montrouge le 6 février 1945. Dans ses Mémoires le général de Gaulle a écrit à son sujet que  » le talent est un titre de responsabilité » et devenait en cette période, une circonstance aggravante.

Du talent l’écrivain en avait et ses poèmes de Fresnes en sont l’ultime expression.

Ils ont été écrits alors que l’auteur n’avait droit ni à un stylo ni à du papier. Il avait réussi à se procurer une plume qu’il cachait dans une pipe et du papier qu’il arrachait d’un carnet. C’est par son avocat que ces poèmes sortent clandestinement de Fresnes.

Ces poèmes rédigés au long de sa détention jusqu’au moment de son exécution révèle une hauteur d’âme bien éloignée de l’odieuse expression du rédacteur en chef de « Je suis partout ».

Ces poèmes sont les suivants : Epître dédicatoire sur un rythme de Boileau, Chant pour André Chénier (1794-1944), Je ne sais rien, Fresnes, Vienne la nuit, Paysage de prison, les noms sur les murs, Psaume I, Psaume II, Le camarade, Psaume III, Psaume IV, Mon pays me fait mal, Psaume V, Noël en taule, Le jugement des juges, Le testament d’un condamné, Chanson, Bijoux, L’enfant d’honneur, Psaume VI, Psaume, VII, Gethsémani, Lazare, Aux morts de Février, La mort en face.

La première édition de ces poèmes fut publiée en septembre 1945 sous de le titre de « Barreaux » et sous le pseudonyme de Robert Chénier.

 

 

 

 

 

 

Henri Calet (Raymond-Théodore Barthelmess 1904-1956) écrivain, journaliste, homme de radio. Il grandit dans les quartiers populaires de Paris. Il arrête ses études et multiplie les petits métiers jusqu’à son entrée en 1925 à la Société Electro cable comme aide-comptable où il dérobera une importante somme d’argent qui entraînera sa fuite en Uruguay. Revenu clandestinement en France, il publie « La Belle Lurette » en 1935. Après la Libération, il devient journaliste pour Combat et divers quotidiens et magazines. Il assure aussi des reportages radiophoniques. Dans « Le Tout sur le tout » (1948), il évoque le Paris de son enfance avec sa vie populaire. Dans « Les deux bouts » (1954) qui était initialement une série de reportages et de portraits pour le Parisien libéré, il raconte la vie les gens de condition modeste habitant de Paris ou de la proche banlieue.

En mai 1945, Henri Calet se rend à Fresnes : « Après Ravensbruck, Auschwitz, ou Dachau, il peut paraître, aujourd’hui que Fresnes ait été un bagne supportable, si l’on ose dire. Une sorte de gare de triage, d’où l’on partait dans l’inconnu. De Fresnes à Buchenwald, de Buchenwald à Dora, de Charybde en Scylla.

Des milliers de Français-les meilleurs-des étrangers aussi sont passés à Fresnes durant l’occupation. Singulière époque où les héros étaient emprisonnés. Il semble que l’on évoque des jours déjà lointains.

Les registres ont été détruits ou emportés. On ne sait presque rien de ces hommes, de ces femmes. Beaucoup sont morts, certainement.

Quelques signes demeurent encore : ceux qu’ils ont gravés dans les murs des cellules. Mais ils s’effacent…On a vu les précieux graffiti et l’on a pensé qu’il serait souhaitable que tous en prennent connaissance. On a voulu les recueillir, un peu comme l’on érige un monument en souvenir.

Tous les noms ne s’y trouveront pas.

Et puis, il y a ceux qui se sont tus, qui n’ont rien écrit avant que de partir, ou de mourir « .

Scrupuleusement, Calet relève les traces les plus modestes de ces vies dont certaines s’arrêteront entre les murs de la prison ce qui fait de ce livre un témoignage particulièrement émouvant comme un terrible contrepoint à la sinistre musique de la collaboration.

Nous aurons certainement l’occasion de présenter d’autres ouvrages d’Henri Toulet puisque Paris l’a largement inspiré.

Et pour découvrir l’histoire de la commune de Fresnes, une intéressante monographie éditée sous les auspices du Conseil Général de la Seine à la fin du XIXe siècle.

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BRASSILLACH (Robert). Poèmes de Fresnes. Louvain, 1945. Un volume in-8 (20 cm x 16,5 cm), 76 pp.

Un des 450 exemplaires numérotés sur vélin supérieur.

En feuilles sous couverture rempliée et emboîtage cartonné.

Bel exemplaire.

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CALET (Henri). Les murs de Fresnes. Paris, Editions des Quatre vents, 1945. Un volume in-8 (21 cm x 15 cm), 111 pp.

Photographies en noir et blanc.

Couverture cartonnée. Quelques accidents à la couverture. Bel état intérieur.

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Etat des Communes à la fin du XIXe siècle publié sous les auspices du Conseil Général. Fresnes. Notice historique et renseignements administratifs. Paris, 1897.  Un volume in-8 (25 cm x 16,5 cm), 71 pp.

2 plans (Fresnes, limites actuelles de la Commune reportées sur la carte dite des Chasses (1764-1793), Fresnes.

Broché, petits manques de papier au dos, une déchirure sans manque à la couverture.

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